13 décembre 2017
Le pire juge
Par: Vincent Guilbault

C’est ben métaphysico-spirituel notre expérience avec l’ivressomètre. On apprend à mieux se connaître même si, dans le fond, on a juste bu un peu plus! Pas convaincu?

D’entrée de jeu, ma collègue a dû me convaincre. Pas tant sur l’aspect de me «pacter» la face au bureau sur le bras du patron. Soyons honnêtes: voir les yeux du directeur des ventes s’agrandir lorsqu’il m’a aperçu avec ma collègue, bouteille de rhum en mains dans la salle de conférence, valait tout l’or du monde.
Non, c’est tout le reste qui ne m’enchantait guère.

On a vu ça mille fois des journalistes tester des ivressomètres. En plus, une journaliste de Radio-Canada avait présenté un petit bijou de reportage sur le sujet quelques semaines avant. Qu’avais-je à apprendre à nos lecteurs alors?

Ma collègue Karine m’a convaincu en me parlant de la police locale, de la période des Fêtes, du nombre d’arrestations en hausse en 2015, pour conduite avec facultés affaiblies, bla-bla-bla.

D’accord; j’ai acheté une bouteille de rhum, et je me suis claqué six verres (neuf onces) en une heure pour simuler une arrestation avec un taux d’alcoolémie à 0,12 %, soit 40 mg au-dessus de la limite. Après mon 6e verre, je n’avais plus besoin de simuler.

Tout comme le reportage de la journaliste de Corde sensible, à Radio-Canada, l’expérience permet de constater que nous sommes notre pire juge. Dans le reportage de Rad-Can, les individus interrogés par la journaliste Marie-Ève Tremblay ont presque tous mal évalué leur réel taux d’intoxication et leur aptitude à prendre le volant. Les personnes légèrement intoxiquées tendent à surévaluer leur taux, alors que les personnes bien feeling tendent, au contraire, à le sous-évaluer. Bien sûr, ces derniers sont les plus dangereux; inaptes à conduire, inhibés et imperméables à tout concept de dangerosité, ils n’hésitent pas nécessairement à prendre le volant.

Le plus troublant, c’était environ 1h30 après notre dernier verre. Ma collègue affichait un taux d’alcool dans le sang inférieur à la limite permise, alors que j’étais sur la ligne. Donc, si j’avais bu six verres en une heure, que j’avais attendus deux heures, j’aurais pu prendre le volant. Est-ce que j’aurais été apte à conduire? Mouain… mes collègues disent que non. Je dormais presque sur la banquette arrière de la voiture de mon collègue (oui, celui sobre, d’uh!). J’ai même soufflé à côté de l’embouchure de l’ivressomètre en vente libre de la SAQ, ça en dit long sur mes capacités! (P.s: Lisez le fonctionnement de l’appareil à jeun, pas une fois intoxiqué. Ce n’est pas évident à comprendre!).

J’ai écrit plusieurs fois dans cette chronique de ne pas prendre un verre avant de conduire. Je ne dirais pas le contraire aujourd’hui, évidemment… mais l’expérience m’a seulement mêlé davantage. Je me rends compte que je n’ai jamais vraiment été en mesure de m’évaluer depuis que j’ai pris ma première bière à 18 ans (ben oui!).

Le reportage aura servi à ça!
Merci à la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent pour la proposition. J’attendrai l’invitation pour le «pot» en juillet prochain! n

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