29 juillet 2020
Pour les survivantes du cancer du sein
Le mamelon mis à l’honneur
Par: L'Oeil Régional
Pour Karina Osorio, la formation de tatouage paramédical devrait être suivie par les professionnels de la santé pour offrir un service spécialisé et permettre aux femmes de clore un chapitre de leur vie.
Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Pour Karina Osorio, la formation de tatouage paramédical devrait être suivie par les professionnels de la santé pour offrir un service spécialisé et permettre aux femmes de clore un chapitre de leur vie. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Un texte de Emma Jaquet.

« Après un cancer du sein et une reconstruction mammaire, les femmes sont laissées à elles-mêmes », déplore Karina Osorio, infirmière et fondatrice de la Clinique Mon Téton à Belœil. Pour remédier à cette situation, elle propose une technique peu connue au Québec : le tatouage paramédical.

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L’infirmière, à l’aide de son dermographe (aiguille pour tatouer), vient tatouer la peau grâce à différentes pigmentations dans le but de reconstruire un mamelon. « C’est un trompe l’œil. On superpose les couleurs pour créer l’illusion d’un mamelon », souligne Karina Osorio.

Après une première consultation permettant de choisir la taille du mamelon et de la pigmentation, un deuxième rendez-vous est pris pour appliquer le pigment. Une prescription du chirurgien est alors obligatoire pour s’assurer que la cicatrice à la suite d’une mastectomie est complètement guérie. Une dernière retouche est nécessaire de 4 à 6 semaines après la première application du pigment. Les patientes peuvent revenir quelques années après si la pigmentation perd de son teint. « Je vois un avantage au fait que ça ne soit pas permanent, car la patiente a le choix de poursuive ou non les séances. Le côté psychologique est évolutif et on s’adapte », croit l’infirmière.

Pas d’aide financière
La RAMQ ne reconnaît par la pigmentation réparatrice comme un service médical pouvant être couvert. « En plus, le cancer amène des soucis financiers et les étapes peuvent s’échelonner sur plusieurs mois ou années. Ces femmes sont aussi retirées du marché du travail », souligne Karina Osorio. « C’est choquant parce que les femmes sont opérées, mais le travail n’est pas terminé [sans le mamelon]. »

De plus, les chirurgiens et les médecins ne proposent pas le tatouage paramédical, par manque de connaissance ou par peur. « Prendre une décision, c’est très engageant et les médecins n’ont pas la même formation académique [que les infirmières qui pratiquent le tatouage paramédical], donc cela fait peur. Parfois, certains peuvent même référer aux États-Unis et ça, c’est choquant », se désole Mme Osorio. La formation de tatouage paramédical n’est pas offerte aux infirmières puisqu’elle est considérée comme du tatouage et non comme une spécialisation en santé.

Le manque d’informations, autant pour les professionnels de la santé que pour les patientes, rend difficile l’accès à cette pratique pourtant populaire en Europe.

Une « clinique féministe »
Karina Osorio affirme que les patientes qu’elle côtoie entreprennent des démarches avant tout pour leur bien-être. La clinique a aussi pour mission de célébrer la femme dans toutes ses identités et sa valeur. Selon la fondatrice, le mamelon fait partie de l’identité d’une femme et il est aussi le symbole de l’allaitement d’un enfant.

L’infirmière affirme qu’outre l’aspect médical et sécuritaire des services offerts, la clinique offre une plus-value sur le plan psychologique. « Ces femmes se réapproprient leur féminité et elles retrouvent leur confiance en elle. Elles apprennent aussi à ré-aimer leur poitrine. La reconstruction d’un mamelon, ce n’est pas de la vanité. »

Chaque projet représente un moment marquant pour la fondatrice de la Clinique Mon Téton, mais aussi pour les époux. «  C’est un moment de couple et le conjoint voit le plaisir que ça apporte à son épouse. » Mme Osorio précise que les services s’appliquent aussi aux hommes.

Karina Osorio souhaite développer la vente de soutiens-gorge adaptés pour les femmes ayant subi une chirurgie mammaire. « On veut avoir dans un seul endroit un service ultra personnalisé avec un sexologue, une psychologue et des soutiens-gorge appropriés », explique la fondatrice de la clinique. Pour ce qui est de l’enseignement, l’infirmière n’est pas fermée à l’idée d’offrir une formation spécialisée d’ici deux ans.

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