21 février 2018
Le Lab-École accueilli froidement par le personnel scolaire
Par: Karine Guillet

Les fondateurs du Lab-École, Pierre Lavoie, Ricardo Larrivée et Pierre Thibault. photo: Capture d'écran

L'enseignante Josée Schmidt et le président du syndicat, Éric Gingras.

Si les fondateurs du Lab-École ont répété à maintes reprises avoir été accueillis à bras ouverts dans les écoles qu’ils ont visité, ils n’auront pas réussi à charmer les syndicats des enseignants et du personnel de soutien de Champlain, qui représente entre autres les employés de la Commission scolaire des Patriotes.

L’architecte Pierre Thibault, le chef Ricardo Larrivée et le fondateur du Grand Défi Pierre Lavoie étaient de passage dans les locaux du Syndicat de Champlain, mardi, pour discuter de leur projet dans une webdiffusion avec le président du Syndicat, Éric Gingras, et l’enseignante au primaire Josée Schmidt.
La discussion a rapidement glissé vers un débat autour de la pertinence du projet lui-même.
C’est le Syndicat qui avait pris l’initiative d’inviter le Lab-École, puisque l’annonce de ce projet privé avait suscité de fortes réactions de la part du personnel en éducation. Le Syndicat souhaitait d’abord voir si ses appréhensions étaient fondées et faire part aux fondateurs de leurs inquiétudes.
Réticences
Au cours de cette discussion, le président du syndicat affilié à la CSQ a mentionné à plusieurs reprises les réticences du milieu. Selon M. Gingras, le personnel devrait être à la base même de la démarche, ce même avant de consulter des gens de l’externe. L’absence de représentants syndicaux à la table à dessin du Lab-école faisait aussi sourciller le Syndicat de Champlain. «On ne remet pas en question votre bonne volonté, a-t-il dit au trois hommes. La frustration vient du fait qu’il semble qu’encore une fois que c’est un projet qui ne touche pas aux priorités du personnel enseignant et de soutien qui ont des idées concernant les problèmes qui sont au centre du réseau présentement. Malheureusement, ce n’est pas un projet comme ça qui va réussir à résoudre ça.»
Le manque de financement dans les écoles et les coupures massives des dernières années est aussi revenu à plusieurs reprises sur le sujet, un enjeu qui contribue d’ailleurs à augmenter le cynisme envers le projet. «Je ne suis pas le gouvernement, s’est même défendu le chef Ricardo. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on est trois gars qui ont proposé quelque chose. On a proposé un projet, on ne connaissait personne. Effectivement, quand tu peux bénéficier d’un nom, on serait fou de ne pas le faire. […] On s’est dits: nous on est chanceux, on a cette voix-là. Est-ce qu’on peut participer à aider ceux qui ne l’ont pas?»
Architecture, alimentation et activité physique
Concrètement, l’architecte Pierre Thibault souhaite moderniser l’école, qui n’a pas évolué depuis 50 ans. Il souhaite créer un comité-école, composé de parents, de membres du personnel, de membres de la communauté et même d’enfants, qui sera consulté avant même la construction d’une école. Ricardo Larrivée, lui, rêve de transmettre des connaissances alimentaires aux enfants et, surtout, de les faire mieux manger. De son côté, Pierre Lavoie souhaite que le Québec atteigne la norme de l’Ordre mondial de la santé de faire bouger les élèves une heure par jour.
Le syndicat s’est pour sa part dit inquiet pour les écoles qui ne pourront pas être rénovées, craignant qu’elles n’auront pas droit au même budget qu’une poignée de belles écoles. Si les écoles issues du Lab-École bénéficieront d’espaces plus vastes, les autres continueront de déborder, croit-il. Selon Ricardo Larrivée, le Lab-École consacrera toutefois la majeure partie de ses efforts à des rénovations. Il soutient que l’organisme réfléchit d’ailleurs à des solutions pour les écoles où les agrandissements seront impossibles.
Découragement
Les réticences du milieu ont d’ailleurs semblé affecter les trois hommes d’affaires. Le chef, qui avait lancé à Tout le monde en parle qu’il croyait être en mesure de convaincre les syndicalistes du bien-fondé de sa démarche, a même fini par demander à M. Gingras s’il souhaitait protéger des emplois ou des enfants. «Aujourd’hui, je veux juste donner aux enseignants un environnement pour eux et pour nos enfants. S’ils ne veulent pas, je vais me retirer», a même lâché Pierre Lavoie, qui a d’ailleurs réitéré son appui envers l’école et ses artisans à plusieurs reprises.
Au terme de la rencontre, M. Gingras croit que les craintes du personnel étaient fondées. Il croit avoir réussi à faire valoir aux trois hommes la nécessité de réfléchir davantage au projet et de consulter les syndicats.

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