31 octobre 2018
Le Centre ferme ses portes dans la controverse
Par: Denis Bélanger

Sylvie Grimard lors de l’inauguration du centre en 2015. Photo: Archives

L’ancienne directrice générale du Centre de soutien et de services aidants/adultes (CSSSA) Sylvie Grimard affirme avoir eu de la difficulté à obtenir du financement dès le jour 1. Toutefois, des membres du conseil d’administration (CA), des employés, des fournisseurs ou des services gouvernementaux ayant fait affaire avec le CSSAA pointent vers une gestion déficiente et décousue de l’organisme.

La situation de l’organisme s’est détériorée au cours de la dernière année alors que les chèques sans provision se multipliaient. «Mme Grimard venait me voir souvent pour refaire un chèque de paie en me donnant des excuses du genre qu’un employé l’avait passé dans la laveuse, par exemple», se souvient Yancy Bissonnette, dernière présidente du CA de l’organisme. Quelques semaines seulement après avoir reçu une importante subvention de l’Appui Montérégie, les chèques sans fonds rebondissaient encore. «Il n’y avait déjà plus rien dans les coffres.»

Selon Sylvie Grimard, elle a «levé les flags» après les six premiers mois de l’organisme pour dire qu’il allait droit vers le mur à cause du manque d’argent. «Je disais “si on continue de même, on va fermer”. Mais tout le monde disait “on va continuer à mettre l’effort”», dit-elle. Une affirmation démentie par plus d’une demi-douzaine d’anciens membres du CA. Un employé, témoignant sous le couvert de l’anonymat, va plus loin. « Encore quelques jours avant de fermer, Mme Grimard parlait d’agrandissement et de fusion avec la Société Alzheimer et le Centre de Bénévolat», a-t-il raconté. Même après l’annonce de fermeture en mai, une autre employée a soutenu que Mme Grimard tenait toujours le discours que la situation allait s’arranger grâce à une fusion et l’arrivée de subventions.

Des relations tendues
Les relations entre le conseil d’administration et la directrice générale du Centre de soutien et de services aidants/adultes ont rarement été très faciles, selon le témoignage de plusieurs membres du CA. Le premier conseil avait pu surveiller de façon serrée les finances du jeune organisme, avec parfois «quelques discussions animées», de l’aveu de Benoît Rainville, membre du CA fondateur.

C’est lors du changement de garde en juin 2017 que les choses ont changé. Les membres ont commencé à ne plus obtenir les chiffres demandés à Mme Grimard. Cela a mené à leur démission, puis à la nomination de Yancy Bissonnette à la présidence en janvier 2018. «On faisait confiance à Mme Grimard, surtout qu’elle nous disait qu’elle n’aimait pas que son ancien CA essaie de trop en savoir, d’aller chercher trop loin. On a quand même continué de demander les chiffres, mais elle nous disait que le comptable était dans le jus avec les rapports d’impôts», soutient la dernière présidente.

Sylvie Grimard fait une lecture bien différente de sa collaboration avec son dernier CA, le critiquant de l’avoir peu soutenue pendant son mandat. «Un DG qui dirige sans CA, c’est assez hallucinant! Pas de soutien, pas de support de leur part. Après, on va me reprocher d’avoir travaillé en solo?»

La démission en bloc du conseil d’administration en mai a rendu les tensions encore plus vives puisque, légalement, le CSSAA n’est toujours pas en faillite. On peut d’ailleurs toujours le retrouver dans le Registraire des entreprises du Québec avec, comme président, un certain Arthur Beaufouette. Un nom inventé par Sylvie Grimard qui devait retirer tous les noms des membres du CA qui ne voulaient plus être liées à l’organisme. «Il est impossible d’enregistrer la modification au Registraire s’il n’y a pas au moins un nom. J’ai donc écrit n’importe quoi et j’ai appelé pour informer que ce nom était un no name», explique-t-elle.

Un porte-parole du Registraire des entreprises a admis qu’en 12 ans de métier, c’était la première fois qu’il voyait quelqu’un mettre un faux nom à la présidence de son CA, et que ce n’est pas normal de procéder ainsi puisque le CA d’un organisme doit avoir un minimum de trois membres en tout temps.

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