27 août 2020
Le barbier Jacques Daigneault dépose ses ciseaux
Par: Denis Bélanger

Jacques Daigneault devant son salon de barbier situé sur la rue Saint-Jean-Baptiste.

Jacques Daigneault (droite) accompagné de ses petits-enfants et de son épouse.

Campé dans le Vieux-Belœil, le barbier Jacques Daigneault vient de ranger sa paire de ciseaux pour de bon après 54 ans de carrière. Un métier qu’il a accompli avec une surdité qui ne l’a toutefois jamais empêché de travailler. Selon ses proches, c’est son sourire et sa sociabilité qui ont fait de lui un barbier exemplaire.

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Âgé de 74 ans, M. Daigneault a commencé à manier les ciseaux bien avant d’avoir complété en 1966 sa formation à l’école de barbier Moreau sur la rue Saint-Laurent à Montréal. À 13 ans, il coupait les cheveux de ses camarades venus d’autres provinces à l’école pour les sourds.

Le 20 mai 1996, Jacques Daigneault et son frère Gilles ont ouvert le Salon Daigneault sur la rue Saint-Jean-Baptiste. Le bâtiment appartenait à l’époque à sa mère et il est maintenant la propriété de sa sœur. Quelques années plus tard, Gilles est tombé malade et Jacques a ainsi fait cavalier seul. Les affaires n’ont pas toujours été roses en plus d’un demi-siècle de métier, selon ses proches. Les années 1970 n’ont d’ailleurs pas été les plus fructueuses. La mode hippie et des cheveux longs ont fait baisser l’achalandage. Mais lors des fêtes de Noël ou de Pâques, il avait tellement de pain sur la planche qu’il a demandé de l’aide de son beau-frère Bernard pour peigner tout ce beau monde.

La COVID-19 force les choses

Depuis un certain temps, M. Daigneault avait réduit sa charge de travail à quatre journées par semaine. La retraite n’était toutefois pas dans ses plans lorsqu’il a dû interrompre les activités de son salon le printemps dernier en raison de la COVID-19.

« Je pensais que ça aurait duré une semaine ou deux. Finalement, la crise a duré plus longtemps. Avec les lois et les normes sanitaires, je trouvais ça trop lourd, vu mon âge. J’avais aussi été opéré et j’ai eu une période de convalescence. Fallait que ça finisse un jour, j’étais arrivé au bout. Mais j’étais très émotif quand j’ai réalisé que c’était fini », explique M. Daigneault.

Il a ainsi vendu ses deux chaises de barbier à un fidèle client. « J’étais son barbier et il voulait me remercier. Il m’avait demandé si je ne voudrais pas venir chez lui couper ses cheveux. J’ai dit non », raconte-t-il.

Une clientèle fidèle

Jacques Daigneault aimait le contact avec les clients. Il s’est d’ailleurs bâti une fidèle clientèle au fil des années, une clientèle qui n’allait jamais se faire coiffer ailleurs. M. Daigneault et sa famille étaient bien connus dans le quartier et le bouche-à-oreille s’est aussi fait aller rapidement. Son handicap n’était donc pas une embûche, car il connaissait les préférences et les goûts de ses clients réguliers.

Pour prendre rendez-vous, il suffisait de passer au salon et d’attendre ou de laisser une note. Il n’y avait aucun téléphone. En plus, il offrait à ses clients une ambiance bien différente des endroits menés par un barbier très bavard. Les clients pouvaient aussi lui confier leurs secrets sans avoir peur qu’il les révèle. « Les gens aimaient ça avoir la tranquillité et la paix pendant qu’ils se faisaient coiffer. Des fois, ils regardaient la télévision. »

L’entrevue a été faite avec la collaboration des filles de M. Daigneault, Nadia et Isabelle, qui ont servi d’interprètes.

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