26 mars 2015
L’anonymat d’Internet au service des groupes de soutien
Par: Karine Guillet
L'anonymat que garantit Internet est un incitatif à se joindre à un groupe de soutien.

L'anonymat que garantit Internet est un incitatif à se joindre à un groupe de soutien.

SOUTIEN. Si Internet est parfois reconnu comme un réseau social impersonnel, ils sont de plus en plus nombreux à trouver du réconfort en ligne à travers de véritables communautés de soutien qui, des fois, selon certains usagers sont plus efficaces que la thérapie.

C’est par hasard que Marie-Ève Gaudreau a découvert le groupe de soutien en ligne dont elle fait aujourd’hui partie, au fil de ses recherches sur le web sur la maladie dont elle souffre, l’endométriose.

Il n’en fallait pas plus pour qu’elle joigne le groupe Facebook privé. Près de sept mois plus tard, elle consulte encore la page plusieurs mois par jour pour lire les publications, se référer, poser des questions ou pour simplement pour écrire.

«Mon entourage m’aide, mais parfois, d’en parler avec des filles qui vivent la même chose, ça fait du bien», explique-t-elle.

Briser l’isolement

Catherine-Emmanuelle Delisle s’est pour sa part lancée dans l’écriture de son blogue Femme sans enfant dans le but de faire le deuil de son infertilité. Si l’expérience se voulait au départ personnelle, presque thérapeutique, le projet de la résidente de Saint-Bruno-de-Montarville a rapidement suscité l’intérêt de milliers d’autres femmes à travers la francophonie.

«J’ai réalisé que je n’étais pas la seule à vivre cette situation. J’ai toujours eu l’intuition que je n’étais pas seule, mais il n’y avait aucune ressource mise en place pour me prouver concrètement que c’était vrai. »

Devant la montée en force des réseaux sociaux, la Société canadienne du cancer offre elle aussi depuis 2011 une plateforme web à ceux qui sont touchés par le cancer directement ou indirectement. À ce jour, la plateforme compte plus de 1000 inscrits.

«La plateforme est là pour briser l’isolement cognitif, le sentiment de « ça n’arrive qu’à moi » et qu’il y a une fatalité pour soi-même», explique Claude Cyr, porte-parole.

Les avantages du web

Plus que jamais, Mme Delisle est convaincue que l’espace virtuel est un endroit de choix pour créer des communautés de soutien. En plus de permettre une diffusion d’information interrompue, le web est relativement peu coûteux, sauf en temps, et rejoint des gens de partout sur le globe.

«Je trouve que ça respecte le rythme de chacune. Quand on est prête à s’assumer, à écrire, à répondre aux publications, on le fait. Mais si on n’est pas prête, on est là comme visiteuse, comme lectrice pour alimenter notre réflexion.», explique-t-elle.

Selon M. Cyr, le virtuel attire aussi ceux qui n’ont pas envie dans se lancer dans la dynamique des réunions de groupe ou de la ligne d’écoute. «Le virtuel n’implique pas de répondre quand je n’en ai pas le goût, d’aller voir ce qui se passe quand je n’en ai pas envie. Il n’y a pas de rendez-vous fixe, pas d’obligation de respecter quelque chose», explique-t-il.

Selon M. Cyr, les internautes recherchent le point de vue d’une personne qui vit une situation similaire. Pour Mme Gaudreau, le sentiment d’être comprise est aussi important. «Des fois, plutôt qu’aller consulter en pharmacie où le pharmacien peut te donner des bons conseils, ce sont vraiment des filles qui souffrent de la même chose que toi, donc elles te comprennent peut-être un peu mieux.»

D’Internet à la réalité

Si c’est d’abord l’aspect anonyme d’Internet qui séduit les gens en quête de soutien virtuel, il arrive cependant que des liens finissent par se tisser loin de clavier.

La Société canadienne du cancer confirme que certains des utilisateurs de sa plateforme parlonscancer.ca finissent par s’échanger leur numéro de téléphone ou même se rencontrer.

Marie-Ève Gaudreau ne ressentait pas le besoin de s’intégrer à un groupe de rencontre lorsqu’elle s’est jointe au groupe virtuel. Elle admet qu’elle songerait maintenant à rencontrer ses amies virtuelles en chair et en os au cours des rencontres organisées par le groupe, si ses disponibilités le lui permettaient. «C’est beau sur Internet, mais d’avoir un contact humain, ça peut être le fun aussi.»

La créatrice du blogue Femme sans enfant souhaite aussi maintenant faire progresser la discussion hors des espaces virtuels à travers des soupers et des 5 à 7.

«Au départ, mon rêve c’était de rencontrer des femmes comme moi. Je me suis dit que la première étape était d’installer le blogue, de parler du sujet, de gagner la confiance des femmes. Après, quand elles ont confiance et qu’elles voient qu’elles traitent du sujet avec empathie et sensibilité, les femmes vont se déplacer», explique-t-elle.

Parlonscancer.ca

Un réseau social dédié aux personnes atteintes du cancer, en rémission ou à leur proche aidant. Les utilisateurs peuvent s’y créer un profil, échanger en privé ou dans des groupes de discussion, coucher par écrit leurs pensées dans un journal personnel ou s’informer.

Femme sans enfant.

S’adresse aux femmes sans enfant par choix ou par circonstance de la vie. Les intéressés peuvent aussi consulter la page Facebook ou la page Meetup  pour connaître la date des prochains 5 à 7 ou soupers.

 

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La petite histoire de Femme sans enfant.

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