19 juillet 2018
La révolte
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

«On demande à la population de mener le combat. Vous avez un rôle de citoyens à faire et vous avez plus de pouvoir que nous. Vous devez vous mobiliser. Si on veut faire parler de nous et que Telus entende parler de nous, […] je pense que les citoyens doivent se mobiliser, se battre, se mettre en contact les un avec les autres.»

Ce sont les mots de Denis Parent, maire d’Otterburn Park. Il ne les a pas prononcés debout, le poing sur la table en criant pour attiser la colère de la foule. Non. Tout simplement, après une question d’un citoyen inquiet venu poser des questions sur la venue potentielle d’une tour de télécommunication dans la ville alors que le gouvernement du Canada a autorisé Telus à s’y installer, comme nous le rapportions la semaine dernière dans notre journal. Le maire Parent a plutôt fait preuve d’humilité. Il a dit que les avocats étaient sur le dossier et que les élus s’opposaient toujours à la venue d’une tour.
Mais même s’il n’a pas scandé son discours comme un chef enivré par le combat, les mots voulaient dire la même chose. L’opposition va devoir venir d’en bas. De la population. De plusieurs centaines de personnes, a-t-il dit. Du peuple, pour imager un peu plus.
Une révolte? Mon titre fait pompeux. Mais c’est un peu ça, même si on ne se révolte pas trop au Québec. On chiale un peu, on se masse dans les rues quelques fois. Mais s’opposer à la venue d’une tour? Je ne sais pas trop ce qu’avait le maire en tête. Il a parlé d’afficher le mécontentement. De s’assurer d’être entendus. En 2018, est-ce que ça passe par Facebook, les réseaux sociaux? En entachant la réputation d’une entreprise? M. Parent est resté… flou, mais on entendait les idées s’entrechoquer dans son esprit. Il a cessé de parler juste à temps.
Je ne veux pas encenser le conseil municipal d’Otterburn Park, mais ça détonne avec le dernier conseil. Est-ce que tout est parfait? Je ne dis pas ça, mais on a senti lundi soir à la séance publique du conseil une profonde empathie pour les craintes de la population. Assez que l’un des citoyens a tenu à prendre la parole pour remercier les élus de se battre.
Se battre comment? Légalement, bien sûr, comme c’est le devoir d’un élu. Devant la Cour fédérale, pour forcer le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique à changer d’avis. «Nous, on travaille de notre côté avec les avocats», a dit M. Parent. Puis il a ajouté: «On va continuer notre combat.» Un combat!
Telus devait s’attendre à une opposition. Peut-être pas à une bataille. On verra bien le choix des armes.

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