17 juillet 2019
Le maire Yves Corriveau en voyage au Burundi
La rencontre avec le président du pays décriée par des Canadiens d’origine burundaise
Par: Vincent Guilbault
Yves Corriveau lors de son voyage au Burundi.
Photo tirée de Twitter

Yves Corriveau lors de son voyage au Burundi. Photo tirée de Twitter

Le président de l’Alliance des Burundais du Canada (ABC), Charles Makaza, condamne le voyage du maire de Mont-Saint-Hilaire, Yves Corriveau, dans la capitale économique du Burundi et sa rencontre avec le président du pays. M. Makara rappelle que le régime du président Pierre Nkurunziza fait l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2017 pour des crimes contre l’humanité, notamment le meurtre, la torture, le viol et la disparition forcée, rapportait La Presse vendredi dernier.

Le maire Yves Corriveau était en visite au Burundi, pays d’Afrique de l’Est, plus précisément à Bujumbura, la capitale économique du pays. Mont-Saint-Hilaire et Bujumbura pourraient être jumelées dans le cadre d’un échange culturel à la suite de la visite de M. Corriveau.
Selon M. Makaza, le problème ne réside pas dans l’échange culturel ni l’aide humanitaire que peut offrir Mont-Saint-Hilaire, au contraire. Mais sur place, le maire Yves Corriveau a officiellement fait la rencontre de plusieurs hauts cadres de l’État, dont le président contesté Nkurunziza. M. Corriveau a fait ces rencontres parce qu’il a voyagé en compagnie de François-Xavier Pinte, consul honoraire du Burundi à Montréal. M. Pinte, un pilote d’origine belge, est aussi un résident de Mont-Saint-Hilaire et c’est lui qui pousse pour un jumelage entre les deux villes.
Récupération politique
Pour le président de l’ABC, cette rencontre avec le régime du pays est extrêmement malheureuse puisqu’elle pourrait servir d’outil de propagande de la part du président Nkurunziza afin de renforcer sa légitimité dans son pays.
Le régime est accusé des crimes les plus abominables et il est condamné par la communauté internationale et le Canada, rappelle M. Makaza. « Dans ce contexte, le pouvoir en place se cherche donc une sorte de légitimité [à l’intérieur de ses frontières], donc tout ce qui est visite officielle, comme ce maire qui va là-bas, ça va être hautement médiatisé. »
Selon lui, la population du Burundi ne fait pas nécessairement la différence entre la visite d’un dignitaire comme le premier ministre Justin Trudeau ou le maire d’une municipalité comme Mont-Saint-Hilaire. La population peut voir en la visite de M. Corriveau un appui du Canada au régime actuel, pense-t-il. « Des gens nous ont même écrit pour savoir si le Canada avait changé sa position juste parce qu’ils ont vu le maire avec le président sur les réseaux sociaux. »
Joint par Skype, le maire de Mont-Saint-Hilaire était très affecté par ces accusations, lui qui souligne avoir fait ce voyage purement par volonté humanitaire. « Je savais pour le régime, mais je ne suis pas venu encourager le gouvernement, juste une ville [Bujumbura] pour trouver une entente. »
Yves Corriveau se défend bien d’avoir été instrumentalisé par le président actuel. « Je ne vois pas comment on m’utiliserait, surtout que le président a annoncé qu’il ne se représentera pas. »
M. Corriveau dit avoir rencontré le président seulement parce qu’il a été invité à le faire par le consul Pinte. Sinon, le voyage de M. Corriveau, endossé par les élus de Mont-Saint-Hilaire, visait principalement à rencontrer le maire de Bujumbura pour établir une entente culturelle, mais aussi pour voir comment l’expertise de Mont-Saint-Hilaire pourrait servir dans un pays comme le Burundi, par exemple au niveau des conditions sanitaires ou de la gestion des déchets et des dépotoirs, très déficiente dans le pays.
D’un point de vue culturel, le maire a assisté à plusieurs spectacles et il pense que Mont-Saint-Hilaire pourrait recevoir des artistes du Burundi ou peut-être avoir une sculpture faite par un artiste d’origine burundaise, par exemple.
« Je trouve ça triste, j’ai l’impression que ma mission va être difficile maintenant. J’ai peur que l’article dégueulasse [de La Presse] démotive les organismes que je devais approcher dans le cadre du jumelage. Je n’ai pas vu de personnes malheureuses là-bas et j’ai fait beaucoup de route; j’ai vu du monde fier. J’aurais le goût de lancer un cri du cœur aux Hilairemontais pour dire de ne pas entrer dans cette guerre politique entre les Burundais du pays et ceux du Québec. Je ne fais pas de la politique, je dis qu’il faut surtout ouvrir notre cœur à ces citoyens; c’est un peuple qui demande à se faire connaître. »

Pas contre le projet
« Encore une fois, le projet de jumelage avec Bujumbura est plus que louable et nous accueillons favorablement une telle initiative, explique Charles Makaza. Mais dans le contexte actuel, peut-on envisager un développement avant l’avènement d’un véritable État de droit? », a ajouté M. Makaza, qui invite M. Corriveau à le rencontrer à son retour au pays.
De son côté, le conseiller indépendant Louis Toner a condamné aussi ce voyage, car le Canada suggère à ses citoyens de ne pas voyager dans ce pays à cause du contexte. Il pense aussi que le maire a sûrement fait le voyage pour de bonnes raisons, mais qu’il va effectivement être instrumentalisé bien malgré lui.
Et s’il a autorisé les dépenses pour le voyage du maire, M. Toner se demande bien pourquoi Mont-Saint-Hilaire se retrouve dans cette situation, si ce n’est que le maire a été convaincu par le consul François-Xavier Pinte de soutenir sa cause.
« Nous n’avons aucune relation culturelle ni une communauté burundaise ici. Je n’ai rien contre l’aide humanitaire, mais ce n’est pas le rôle d’une municipalité. »

Le rôle du consul
C’est le consul honoraire du Burundi au Canada, François-Xavier Pinte, résident de Mont-Saint-Hilaire, qui a proposé le projet de jumelage avec le Burundi.
Le rôle d’un consul honoraire ressemble à celui d’un ambassadeur, mais le titre est moins prestigieux, souvent bénévole, et le travail consiste souvent à favoriser les liens d’affaires entre deux pays ou à venir en aide aux ressortissants d’un pays dans ses déplacements à l’étranger.
Ancien pilote, M. Pinte dit avoir accepté le titre de consul à l’invitation du Burundi, car cela lui permettait de venir en aide à ce pays où il avait déjà travaillé. « Moi, je me fous de la politique; ce qui m’intéresse, c’est d’essayer de donner de mon temps pour quelque chose de louable. Et pour le faire, le jeu demande d’aller serrer des mains », dit-il concernant sa rencontre avec le président du Burundi en compagnie du maire Yves Corriveau.
M. Pinte souligne que son intérêt au Burundi est surtout au niveau environnemental et qu’il cherche à fournir aux environnementalistes un hydravion pour la surveillance du lac Tanganyika puisque sa population d’hippopotames y est victime des braconniers.

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