10 juillet 2019
La perception du journal
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

« Je ne lis pas le journal. » C’est une déclaration de la mairesse Diane Lavoie, cette semaine, qui me désole. Surtout en 2019.

Ça la regarde, c’est son droit, même si je doute qu’elle ignore réellement ce qui est dans le journal, puisqu’elle mentionne lors de la même soirée qu’elle savait que nous avions traité d’un autre dossier.
Cette réponse est venue après la question d’un citoyen concernant le dossier de l’école au Cœur-des-Monts qui déborde. Mme Lavoie a affirmé ne pas avoir lu le texte, préférant « répondre aux courriels de mes citoyens; c’est eux que je vais relancer ».
Plus précisément, elle souligne que ce qui est dans le journal est une « perception » du journal et qu’elle ne lit jamais le journal. Je vais imaginer ici que c’est une maladresse langagière et je vais simplement profiter de cette discussion pour prendre la balle au bond pour discuter de « perception », puisque je suis persuadé que Mme Lavoie comprend l’important de la presse locale.
Car non, à part cette colonne où j’écris, le journal ne fait pas dans la « perception ». Les journalistes tentent d’avoir un portrait juste et honnête d’une situation au bénéfice du lecteur.
Je comprends que la relation entre les élus et le journal est parfois tendue. Ça me va. Je peux vivre avec l’idée que les élus sont parfois déçus de nos choix éditoriaux, de nos choix de couvertures et de notre préférence à parfois braquer la lumière sur les problèmes plutôt que les bons coups. Mais c’est la nature du travail.
Oui, les villes vous informent, je le reconnais. Elles se vantent sur Facebook, sur leur site web ou dans le bulletin municipal du prochain concert dans un parc ou des heures d’ouverture de la piscine. Et c’est bien parfait comme ça!
Mais quand une école déborde, les élus d’une commission scolaire ou d’une ville ne publient pas de post sur Facebook, dans le bulletin ou le site web. Non, ça prend un journaliste qui pose des questions et qui rédige un article en parlant à tous les intervenants. Sinon, personne n’en parle publiquement.
J’aimerais rappeler que la démocratie est possible seulement si le public est informé et éclairé dans ses décisions. Si on se fit seulement aux commentaires des bulletins municipaux en place et des communications officielles, la perception de la réalité est nécessairement biaisée. Un journal est donc un outil indispensable en démocratie, encore plus dans une démocratie municipale où un journal comme le nôtre est souvent le seul vecteur d’information indépendant. C’est ma prétention.
Oui, les journaux connaissent une crise de leur modèle économique. Ça ne veut pas dire qu’ils sont moins pertinents, bien au contraire. Le monde de la musique n’a jamais été aussi éclaté, et pourtant économiquement difficile; jamais nous n’avons autant eu accès à de la musique, mais sans payer un sou. C’est la même chose avec l’information de qualité. Mais cette gratuité fait mal à l’information indépendante et de plus en plus de gens se tournent donc vers Facebook et leurs « amis » sur les réseaux sociaux pour s’informer. C’est ce qui fait que des gens, en 2019, pensent encore que les vaccins sont dangereux, que le réchauffement climatique est une farce ou que les immigrants nous volent des emplois par milliers.
Quand un élu prétend qu’il ne lit pas le journal local pour « être plus près de ses citoyens », je ne vois pas un élu connecté sur sa communauté; je vois un élu connecté sur sa base électorale. Mais bon, je ne suis pas journaliste ici, juste éditorialiste. Et c’est ma perception.

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