12 mai 2021
46 % des jeunes ont réévalué leur choix de carrière
La pandémie désoriente la recherche d’emploi
Par: Sarah-Eve Charland

Kim-Angela Massaad Photo gracieuseté

Selon des résultats d’un sondage du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ), 46 % des jeunes de 15 à 35 ans ont revu leur choix de carrière au cours de la dernière année. C’est le cas de Kim-Angela Massaad, qui a choisi de se réorienter au cours des derniers mois pour devenir préposée aux bénéficiaires.

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Selon le RCJEQ, 38 % des répondants ont repris leurs études et 29 % se sont réorientés. 20 % des jeunes ont trouvé la recherche d’un emploi plus difficile, 12 % ont dû mettre sur pause leur recherche et 7 % ont dû cesser leur démarche pour se concentrer sur leur famille. Le sondage a été mené en février 2021 auprès de 635 jeunes âgés de 15 à 35 ans.

Kim-Angela Massaad avait complété une formation pour devenir préposée aux bénéficiaires lorsqu’elle avait 18 ans. C’est toutefois un épisode de dépression, causé par un horaire trop chargé et un stress élevé, qui a mis sa carrière sur pause. Depuis, elle a occupé des emplois au salaire minimum qui ne la comblaient pas.

« Ça faisait longtemps que je pensais à me réorienter. Avec [Intégration compétences], on a réévalué mes intérêts, mes aptitudes. Je suis retombée en amour avec le métier de préposée aux bénéficiaires. C’est important de prendre soin de soi. Quand tu fais une dépression, tu finis par ne plus te connaître. Il fallait que je sois bien avec moi pour envisager de revenir comme préposée », dit-elle.

La conseillère en orientation chez Intégration compétences Marjorie Côté croit que la pandémie a obligé plusieurs jeunes à prendre une pause pour réfléchir à leur carrière. Toutefois, les différentes annonces du gouvernement ou les programmes mis en place pour recruter rapidement de la main-d’œuvre peuvent inciter des jeunes à faire des choix malavisés, soutient-elle.

« C’est important de faire des choix pour soi, de faire un choix sur un continuum de temps à court, moyen et long terme. Il faut faire attention parce que ce sont parfois des choix précipités. La personne n’a pas le temps de réfléchir, de voir vraiment ce qu’elle aime. Ça peut être tentant au niveau financier, des programmes comme le PARAF [Programme d’aide à la relance par l’augmentation de la formation]. On reçoit plein de [pression] de sa famille, des amis, du gouvernement. Est-ce que c’est notre choix ou celui des autres? », ajoute Mme Côté. Le PARAF est entré en vigueur en novembre 2020 pour inciter des personnes à compléter un programme court de formation à l’aide d’une compensation financière.

La famille de Mme Massaad l’a notamment incitée à participer à la formation de 12 semaines du gouvernement du Québec pour devenir préposée aux bénéficiaires, mais elle n’était pas encore prête à faire ce choix l’été dernier. C’est au cours des derniers mois qu’elle s’est dite prête à faire le saut. Même si les besoins en préposées aux bénéficiaires ont fait les manchettes, Mme Massaad n’a pas trouvé facile de se trouver un emploi. Son diplôme était toujours pertinent même si elle doit mettre à jour quelques petites formations.

« J’ai envoyé plusieurs CV, mais j’ai eu des nouvelles que d’un endroit où je travaille actuellement. Avec la pandémie, ça a été dur. Je suis parfaitement consciente que je suis chanceuse de travailler. […] J’ai recommencé la semaine dernière et je suis vraiment à ma place. Ça a valu la peine de prendre du recul pour savoir où m’orienter », poursuit Mme Massaad.

Isolement

Julie Martel, intervenante à l’école du Fort, qui est un milieu alternatif pour poursuivre les études secondaires, a constaté les mauvais effets de la pandémie et de l’isolement chez les jeunes. Alors qu’elle estime que la partie psychosociale était un petit bonus à ses services, elle a pris une tout autre importance au cours de la dernière année.

« C’était un service qu’on offrait déjà, mais le besoin s’est déplacé. On offrait déjà des cours à distance. Pour les jeunes qui avaient une problématique d’anxiété et qui arrivaient à se débrouiller, être isolé tout à coup a tout fait dérailler. Plus l’anxiété était présente, plus l’isolement a chamboulé ce qu’ils étaient en train de faire et a déraillé leur trajectoire. […] Pour certains, on a perdu des acquis. On a l’impression de retourner un an et demi en arrière », souligne Mme Martel.

Selon le RCJEQ, la moitié des répondants ont souligné que l’isolement a été le plus grand défi pour eux durant la pandémie. D’autres ont plutôt dit que de retrouver la motivation ou d’assurer une certaine sécurité financière était leur plus grand défi.

« Ici, dans la Vallée-du-Richelieu, on retrouve des besoins marqués chez les jeunes liés à l’isolement, le renforcement de l’estime de soi et la réorientation, ainsi que plus de problématiques de santé mentale depuis le début de la pandémie. Nous constatons également que certains jeunes sont devenus craintifs et ont peur de retourner aux études ou au travail », explique la directrice générale d’Intégration compétences, Maëlle Labiche.

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