3 septembre 2020
La même opacité
Par: Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Mon collègue trouvait important de souligner que certaines villes avaient priorisé le retour devant public pour les séances des conseils de ville, qui étaient conduites en huis clos depuis le début du confinement. Pour une question de transparence, dit-il. Je ne partage pas le même enthousiasme pour une seule raison : ça fait bien longtemps que je trouve que les séances publiques ne sont pas des exercices de transparence.

Publicité
Activer le son

Je ne pense pas que les élus ou les fonctionnaires nous cachent des informations. En fait, ils ne disent pas tout, j’en conviens. Ce que je veux dire, c’est qu’en séance publique, la transparence n’est pas flagrante, pour choisir mes mots. Non, les séances publiques sont seulement rendues indéchiffrables.
Ça fait maintenant 13 ans que je couvre les séances publiques de différentes villes et il m’arrive parfois de sortir d’une séance et de n’avoir presque rien compris. Des modifications de lots avec de longs numéros, des modifications d’un passage d’un règlement sans le détail, des approbations de déboursés pour des montants abstraits. Je dois souvent retourner dans les archives de la documentation municipale pour comprendre. Ce n’est pas de la cachoterie; c’est seulement un manque d’intérêt réel à informer les citoyens souvent profanes en matière de réglementation municipale.
J’ai l’impression que, pour bien des élus et des fonctionnaires, les séances publiques mensuelles sont un mal nécessaire, un passage obligé. Un mauvais sirop qu’on avale en se bouchant le nez pour passer à autre chose.
Tout est décidé en comité plénier (ou caucus) et le public n’a pas accès au débat. Il ne sait jamais vraiment ce que pense un élu d’une décision prise derrière des portes closes. Devant le public, tout se fait de façon unanime. En fait, la séance publique ressemble plus à une danse chorégraphiée où les élus adoptent ou appuient des résolutions un peu au hasard, en attendant leur tour pour lever la main. « Hum, ça fait longtemps que je n’ai pas trop bougé. Ok, je seconde la proposition! »
Certains élus s’engagent réellement, on le sent. Certains prennent le temps de mettre la « chorégraphie » sur pause pour soulever une interrogation ou simplement pour expliquer à l’audience le contexte d’une décision (merci!). La danse des chiffres et des résolutions creuses aux yeux du public peut ensuite reprendre.
Non, lorsque mon collègue a souligné que certains conseils municipaux reprendraient devant public, ça ne m’a pas fait un pli. Au contraire, une fois enregistrée sur un zoom, il est possible d’écouter la séance dans le confort de son salon et d’aller consulter les documents pour comprendre les décisions. C’est moins frustrant que de passer sa soirée à écouter des gens réciter leur texte comme dans une mauvaise pièce de théâtre. Au moins, les périodes de questions du public amènent un peu d’eau au moulin.
Et j’écris ce texte sans animosité envers les élus et les fonctionnaires, bien au contraire. C’est la formule mésadaptée au 21e siècle que je condamne. Certains élus semblent souvent aussi las de cette formule qui met une distance entre lui et le citoyen. Pour l’élu qui s’est engagé pour représenter ses concitoyens, la formule de la séance publique doit même lui sembler abrutissante.
Alors, devant public ou dans un salon virtuel, je crois sincèrement qu’on peut offrir mieux à l’électeur municipal. Une réforme s’impose.

image