10 juin 2015
La dure réalité des camps de réfugiés
Par: L'Oeil Régional
La belloeilloise Mélanie Larouche est agente de la Gendarmerie royale du Canada en mission à Port-au-Prince.

La belloeilloise Mélanie Larouche est agente de la Gendarmerie royale du Canada en mission à Port-au-Prince.

Lors d’un récent voyage en Haïti, la journaliste Josianne Desjardins s’est intéressée au travail d’une policière du SPAL parmi les cinq agents à avoir participé à une mission depuis 2013.

«Mme Larouche, il y a eu un incident ici la semaine dernière». L’incident auquel fait référence Aristide Schiller, responsable et résident au camp de réfugiés Mega 4 dans la zone de Caradeux, à Port-au-Prince, n’est rien de moins qu’un meurtre à l’arme blanche.

C’est donc la première chose qu’il a dite à l’agente de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) Mélanie Larouche, lors de notre passage à l’un des 66 camps de déplacés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Avant de travailler comme coordonnatrice à l’Unité du Genre de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) avec sa collègue Jennifer Chevalier, la résidente de Belœil effectuait des visites dans les différents camps de la région pour appuyer le travail de la Police nationale haïtienne (PNH).

Dès les premières minutes de son arrivée sur place, M. Schiller s’est approché de l’agente, avec un air contrarié, pour lui faire un compte-rendu des événements. « Je n’étais pas là, j’étais parti en ville [lorsque c’est arrivé]», se désole le responsable.

Ce dernier a conduit l’agente vers la famille du défunt, dont plusieurs membres étaient assis devant leur abri de fortune. «Est-ce que vous connaissez la source du conflit?», demande la policière. «On ne sait pas, non», répond l’un des membres du groupe.

Le responsable du camp a évoqué quant à lui une altercation qui a dégénéré lors d’une réunion du comité, sans toutefois donner plus de précisions. Et lorsque la policière demande à savoir si la PNH a été alertée de la situation, les versions des différents témoins sont contradictoires.

Mme Larouche conclut sa rencontre en remettant l’équivalent de 40 $ canadien au père de la victime pour qu’il puisse récupérer le corps, toujours à la morgue.

«Ils n’ont rien ici. Ce n’est vraiment pas sécuritaire. Certains camps ont un commissariat sur place, mais pas celui-là», explique-t-elle, en précisant qu’il s’agit tout de même d’un très bon camp, l’un des plus tranquilles dans la capitale…

Cinq ans après le tremblement de terre, des milliers de familles vivent toujours dans ces sites, composés de tentes et d’abris transitoires. Certains camps n’ont pas d’électricité, alors que d’autres possèdent des panneaux solaires, comme c’est le cas à Mega 4. Les problèmes d’insalubrité sont monnaie courante, comme la présence de vers intestinaux dans les latrines, problème qui a finalement été résolu au camp en question.

«Le président Martelly a dit que certains camps allaient être reconstruits. Il y a des gens qui gardent espoir et qui ne partent pas de là», estime Mme Larouche.

En bref

64 680

Nombre de personnes qui vivent toujours dans l’un des 66 camps de déplacés en Haïti

39

Parmi les 66 sites ouverts, 39 sont majoritairement composés de tentes

96%

Depuis juillet 2010, le nombre de ménages déplacés a diminué de 96%

Source: Organisation internationale pour les migrations, mars 2015

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