2 juin 2015
Jacques Parizeau rend l’âme: la région se souvient
Par: L'Oeil Régional
Jacques Parizeau.

Jacques Parizeau.

Plusieurs personnalités de la région ont rendu hommage à l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, décédé hier soir.

Un texte de Karine Guillet, Frédéric Lacroix-Couture et TC Media

L’ex-député de Borduas (1994-2007), Jean-Pierre Charbonneau, a connu M. Parizeau en 1976 au moment  où il est devenu député dans le comté de Verchères. M. Charbonneau parle de l’ancien chef du Parti québécois comme une source d’inspiration.  

Selon lui, Jacques Parizeau a été un exemple de volonté, de courage et de persévérance. Trois mots que M. Parizeau avait utilisé dans les années 70 pour répondre à un étudiant qui lui avait demandé ce qu’il fallait pour réaliser l’indépendance.

M. Charbonneau décrit aussi le leader souverainiste comme un «un grand architecte et ingénieur de la Révolution tranquille».  «Il a été un des concepteurs d’un certain nombre d’outils indispensables qui ont permis aux Québécois de prendre en main leur économie, de cesser d’être des porteurs d’eau pour devenir, eux aussi, des entrepreneurs, des propriétaires ou des bâtisseurs, et pas juste des employés», soutient-il.

À titre de biographe de  Jacques Parizeau, l’ancien député de Borduas pour le Parti Québécois, Pierre Duchesne, a pour sa part rencontré  l’ex-premier ministre une cinquantaine de fois. Il parle de M. Parizeau comme d’un brillant économiste d’une grande générosité et d’un grand réformiste. Parmi ses grandes réalisations, il cite la création de la Caisse de dépôt, née d’une volonté de mettre fin au chantage financier auquel la province faisait face. «Ce que je retiens de Jacques Parizeau c’est que oui, il a été premier ministre et il a presque réalisé la souveraineté, mais c’est surtout l’engagement de cet homme-là pour s’assurer que le Québec puisse grandir à travers la notion de pays.»

Né en 1930, Jacques Parizeau a été ministre des Finances du Québec de 1976 à 1984. Il a obtenu des diplômes des Hautes études commerciales de Montréal, de l’Institut d’études politiques de Paris et de la Faculté de droit de Paris.

Il devient ensuite un des conseillers politiques les plus influents durant les années 60. Il jouera un grand rôle notamment dans la nationalisation de l’électricité, la création du Régime des rentes du Québec, la création de la Société générale de financement (SGF) en 1962 et de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) en 1965. Les chefs Jean Lesage et Daniel Johnson lui prêteront aussi une oreille attentive. Il passera à un cheveu de réaliser le rêve du fondateur du Parti québécois, René Lévesque, de réaliser l’indépendance du Québec, en 1995.

«Il a littéralement apporté son ADN dans tout ce qui s’est fait au Québec au cours des cinquante dernières années. S’il y a en a un au cœur de la Révolution tranquille, c’est bien Jacques Parizeau qui a incarné l’idéal social et politique de René Lévesque, mais qui a surtout incarné un Québec économique et prospère», soutient Gilles-Philippe Delorme, président du Parti québécois de la Montérégie.

Un homme réservé

M. Parizeau était un homme distant et réservé sur sa vie privée et ses émotions, note M. Charbonneau.  «Mais quand on était avec lui, il pouvait être chaleureux. Il pouvait éclater de rire. Il en imposait, mais il n’était pas froid», se souvient-il, tout en soulignant que l’ex-chef d’État était «un aristocrate engagé envers le peuple».

Pierre Duchesne note qu’il n’était pas facile de devenir un ami de Jacques Parizeau,  qu’il décrit sérieux, mais extrêmement généreux.  «Il avait un côté conservateur, mais c’était un grand réformiste. […] D’imaginer de faire du Québec un pays c’était aussi une grande réforme qui allait contre les tenants du statu quo et du refus du changement.»

Gilles-Philippe Delorme a côtoyé Jacques Parizeau pendant 40 années à titre de journaliste.   Il se souvient aussi du politicien comme un homme  extrêmement disponible. « Il pouvait passer des heures avec vous pour vous persuader de son point de vue sans compter son temps et qu’il ne s’adressait pas à une foule, mais à une seule personne. Il avait cette magie de traiter chaque personne comme un interlocuteur privilégié.»

Réactions

L’actuel député provincial de Borduas, Simon Jolin-Barrette, a offert ses condoléances à la famille et aux proches de M. Parizeau. Le député caquiste a aussi souligné l’apport de l’ancien premier ministre pour le développement du Québec avec notamment la nationalisation de l’électricité et la création de plusieurs organismes à vocation économique. «Il a été un bâtisseur du Québec moderne», affirme M. Jolin-Barrette, soulignant que la société québécoise actuelle compte encore beaucoup de legs du travail de Jacques Parizeau.

Le président du Parti québécois dans Borduas, Jean-Guy Baril, croit que Parizeau aura amené la question économique au cœur du débat de l’indépendance.  «Sans sa participation à la construction du Québec moderne, nous n’aurions pas pu nous dire que nous sommes une nation et que nous pouvons aller plus loin.»

Le député fédéral de Chambly-Borduas, Matthew Dubé, a aussi transmis ses condoléances. «Le Québec vient de perdre un grand homme d’État», a-t-il écrit sur Facebook.

Également député de Borduas sous le Parti Québécois de 2007 à 2012, Pierre Curzi  a décrit l’ancien premier ministre comme un homme puissant dont on craignait le jugement tout en cherchant son approbation et un excellent vulgarisateur. «La qualité principale que je retiendrai, c’est que c’était un créateur. Cet homme-là avait toujours une vision neuve de problèmes complexes», a-t-il dit sur les ondes du 98,5 FM.

Jacques Parizeau laisse dans le deuil sa deuxième femme, la femme politique Lisette Lapointe, et ses enfants Bernard et Isabelle, nés de son mariage avec feue Alice Parizeau. Jacques Parizeau a été nommé Grand officier de l’Ordre national du Québec en 2008.

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