15 mai 2020
Internet haute vitesse encore inaccessible pour plusieurs
Par: Sarah-Eve Charland

Pierre Lauzon doit s’accommoder d’un service internet loin d’être performant. Photo François Larivière I L’Œil Régional ©

Bien que le télétravail soit devenu la norme en temps de confinement, l’accès à internet haute vitesse n’est pas chose simple pour tous. Plusieurs citoyens de la région doivent se contenter de services dispendieux et peu adéquats.

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Un résident de Saint-Antoine-sur-Richelieu, Pierre Lauzon, a dû s’abonner à un service internet en 2013 afin de compléter ses tâches de conseiller municipal. La seule option qu’il a trouvée est un modem qui s’accorde avec les ondes cellulaires.

« S’il fait tempête, s’il pleut trop fort ou neige trop fort, ça coupe. Je n’ai pas de vitesse. J’utilise principalement internet pour lire mes courriels, des documents et faire des recherches. Mais jamais je ne pourrai écouter un film ou une série télévisée. Ça coupe tout le temps », témoigne-t-il.

C’est ce qu’il a trouvé de mieux, dit-il. Malgré tout, la facture est salée. Son internet lui coûte près de 125 $ par mois, sans les dépassements de données. « Des fois, on se dit que si on habitait aux Îles-de-la-Madeleine, on aurait un meilleur service, mais on est à 35 minutes de Montréal. […] Je finis toujours par me débrouiller. Pour mes besoins, j’en viens à bout, mais si je devais faire du télétravail, ça ne fonctionnerait pas », ajoute M. Lauzon.

Dresser un portrait

Les citoyens de la MRC sont invités a procédé à un court test au www.vitesseweb.ca afin de dresser un portrait de la performance des services internet sur le territoire. Les résultats permettront aux élus de solliciter du financement auprès des gouvernements pour la mise en place de services adéquats de téléphonie cellulaire, ainsi qu’internet mobile, résidentiel et entreprise.

« Avec la période de confinement actuelle, pour cause de la pandémie de la COVID-19, nous considérons que les citoyens reconnaitront plus que jamais que nos services internet et de télécommunication sont essentiels et doivent être efficaces et sécuritaires. Le test en ligne se fait en moins de cinq minutes et la participation de tous sera la clé pour avoir des services de meilleure qualité », a expliqué la mairesse de Beloeil et préfète de la MRC, Diane Lavoie.

En 2019, la MRC avait réalisé un sondage auprès des municipalités, mais a réalisé que ces dernières n’avaient par des données suffisamment fines pour dresser un portrait. Dans le cadre de l’appel de projets Régions branchées la MRC a travaillé avec des fournisseurs pour déposer un projet, mais n’a pas pu déposer finalement de projet par manque d’information. D’où l’importance de cette campagne participative, ajoute la porte-parole de la MRC, Ariane Levasseur.

Cette campagne est pilotée par la Fédération québécoise des municipalités afin de mesurer la performance des infrastructures de télécommunication et leur disponibilité dans les municipalités et les MRC du Québec. Le test doit être réalisé par ordinateur. L’utilisation du téléphone cellulaire ou d’une tablette invalide le résultat.

À Saint-Antoine-sur-Richelieu, de nombreux rangs ne sont pas branchés à un service efficient d’internet à haute vitesse, selon la mairesse Chantal Denis. « Les gens qui travaillent à distance éprouvent des difficultés. Certains n’ont pas internet. Ils se disent que tant qu’à payer pour quelque chose qui fonctionne plus ou moins, ils préfèrent de ne pas l’avoir », observe-t-elle.

Cette dernière ajoute que le dossier traine depuis près de huit ans. « On est proche de Montréal, mais on n’est pas nombreux. Les compagnies considèrent qu’on n’est pas rentable. […] Internet, c’est un service essentiel. Ça fait longtemps que c’en est un. »

Un service essentiel

Le Bloc québécois a interpelé le gouvernement fédéral il y a trois semaines pour augmenter l’accessibilité à internet pour tous, mais n’a pas eu de retour depuis. « Il ne se passe pas une semaine sans que des citoyens de Beloeil-Chambly nous interpellent à ce sujet. On a plein d’exemples de personnes qui doivent débourser des sommes faramineuses chaque mois pour avoir accès à un service, souvent inadéquat, qui leur permet de travailler de la maison, c’est aberrant. Et c’est sans compter les centaines de dollars en frais de dépassement de données qui s’ajoutent pour plusieurs d’entre eux », affirme le député de Beloeil-Chambly, Yves-François Blanchet.

Selon le Bloc québécois, l’accès à Internet haute vitesse devrait être considéré comme un service essentiel. Le parti politique demande à ce que le gouvernement impose un plafond aux couts de services internet et aux forfaits cellulaires et à éliminer les limites de données mensuelles tout en s’engageant à accélérer le déploiement de la fibre optique dans les régions moins bien desservies.

« Nous sommes confrontés au fait que les services offerts ne sont pas adéquats. La pandémie actuelle nous a mis devant le fait accompli. Nous sommes confinés à la maison, le télétravail est devenu la norme depuis quelques semaines et on constate qu’en matière d’accès à internet, nous n’étions pas bien préparés à cette situation », souligne le député.

« Le dossier de la tour que Telus souhaite construire à Otterburn Park est symptomatique du malaise, ajoute-t-il. Comment légitimiser des projets de modernisation pour desservir encore et encore les mêmes clientèles payantes alors que des milliers de Québécois n’ont simplement pas accès à internet – et encore moins haute vitesse – dans les régions du Québec. Si les entreprises veulent les avantages d’offrir un service essentiel, elles doivent accepter la responsabilité d’un service essentiel. »

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