28 septembre 2016
«Il faut leur apprendre à vieillir»
Par: Karine Guillet
L'AVRDI offre un premier programme pour les aînés avec une déficience intellectuelle.

L'AVRDI offre un premier programme pour les aînés avec une déficience intellectuelle.

SANTÉ. Si les personnes avec une déficience intellectuelle ont accès à de plus en plus de services, encore bien peu de programmes existent pour les préparer à leurs vieux jours. L’Association pour la déficience intellectuelle de la Vallée-du-Richelieu (AVRDI) s’est penchée sur la question.

L’AVRDI offre depuis peu des services spécialisés de maintien des acquis pour ses membres plus âgés dans les locaux du Centre des Loisirs, à Belœil. L’offre de service est directement adaptée à la condition vieillissante des usagers.

Les signes de vieillissement sont plus difficiles à dépister chez les aînés avec une déficience intellectuelle, entre autres à cause des difficultés liées à la communication. L’isolement et l’obésité sont aussi plus marqués chez ce type de personnes âgées.

«En déficience intellectuelle, il faut leur apprendre à vieillir avec leur corps, parce qu’ils ne se voient pas vieillir. Ils sont encore jeunes dans leur tête, donc ils veulent aller trop vite. Souvent, ils ont des blessures.»

Défis au public

L’amélioration de la qualité de vie a fait passer l’espérance de vie des personnes avec une déficience intellectuelle de 20 à 70 ans entre 1930 et 2000.

La Vallée-du-Richelieu comptait 860 personnes vivant avec une déficience intellectuelle en 2011, dont 20% étaient âgés de plus de 50 ans. À l’AVRDI, la directrice Johanne Savard estime qu’environ une vingtaine de ses 150 membres sont des aînés. Le doyen de l’organisme, Marcel, a 74 ans. Au Québec, on prévoit que le nombre de personnes avec une déficience intellectuelle va plus que doubler entre 2000 et 2030.

Pour le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et troubles envahissants du développement (CRDITED) de la Montérégie-Est, la hausse de l’espérance de vie fait augmenter la demande de la clientèle.

«Nous devons adapter nos services en fonction de cette réalité en offrant notamment de la formation à nos intervenants. De plus, nous devons nous coordonner avec les services aux personnes âgées pour offrir des services complémentaires pour cette clientèle», explique la porte-parole, Jade St-Jean.

Bien que le CRDITED offre des services aux personnes âgées à travers son offre de service globale, aucun programme ne s’adresse spécifiquement aux aînés.

Parmi les actions mises, les intervenants sont appelés à préparer l’usager à la retraite, l’accompagner lors d’un deuil, adapter son environnement en tenant compte de l’âge de la personne et le travail de prévention. Des activités de jour axées sur le maintien des acquis pour l’ensemble des personnes vivant avec une déficience intellectuelle existent depuis trois ans dans les organismes communautaires du territoire.

Service spécialisé

Dans les locaux de l’AVRDI, les aînés peuvent discuter de sujets qui les préoccupent (entourés de leurs amis), sortir et rencontrer des gens. Une vie active qui permet de retarder le placement, croit Mme Savard.

Les intervenantes pratiquent notamment la motricité fine des usagers pour retarder les problématiques dues à l’arthrite; elles sensibilisent leurs protégés à l’importance de l’hygiène et misent sur l’activité physique.

«Il y en a que c’est ça leur défi; c’est d’apprendre qu’ils ne peuvent pas faire les choses comme avant. La différence avec l’autre programme [de maintien des acquis], c’est qu’on va à un autre rythme, on a allégé l’horaire de la journée», explique Émilie Auclair, bachelière en travail social à l’AVRDI.

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