26 juillet 2018
Touché par le décès d’un enfant dans une voiture
Il aide les parents à penser au bébé
Par: Karine Guillet
René Tousignant démontre l’une des utilités possibles du produit. Photo: Karine Guillet

René Tousignant démontre l’une des utilités possibles du produit. Photo: Karine Guillet

Grand-père de quatre petits-enfants, un pompier retraité de Belœil propose une sangle de sécurité pour aider les parents à ne pas oublier leur enfant dans l’auto.

«J’ai protégé le citoyen toute ma vie, lance René Tousignant, pompier à Montréal pendant plus de 30 ans. Aujourd’hui, notre mission, c’est de protéger les bébés».
Baptisé «Lien survie BB», l’outil d’Angel 4 Ever est une sangle de sécurité rouge vif qui se glisse notamment dans la portière du véhicule, que le conducteur regardera en sortant du véhicule, et que l’on installe sur soi pour rappeler aux parents de ne pas oublier l’enfant. La sangle peut aussi relier la porte et la ceinture de sécurité pour bloquer le passage au conducteur lorsqu’il descend ou se relier au porte-clés. «C’est un rappel, un pense-bête, un fil d’Ariane pour dire au conducteur de vérifier le siège arrière systématiquement, chaque fois qu’il quitte le véhicule», explique le créateur.
La sangle est d’ailleurs directement inspirée de son expérience de pompier, alors que ceux-ci utilisent leur tuyau pour retrouver la sortie d’un bâtiment en feu. «Mon tuyau d’incendie, c’est mon lien de survie. Les travailleurs de la construction vont s’attacher lorsqu’ils vont sur les toits; les astronautes aussi lorsqu’ils sortent de la station spatiale. Pourquoi installe-t-on le bébé dans un siège d’auto qui vaut quelques centaines de dollars et qu’il n’y a que notre mémoire pour nous rappeler de qui est là en arrière? Il faut lui donner un lien de survie à ce bébé-là.»

Trouver des moyens
En 15 ans, trois cas d’enfants décédés après avoir été oubliés ont fait les manchettes au Québec, dont le plus récent est survenu le 22 juin dernier.
Dans son rapport rendu public en juillet sur le décès d’un enfant de moins d’un an à Saint-Jérôme en 2016, la coroner Denyse Langelier se questionne d’ailleurs sur l’absence de normes canadiennes forçant les constructeurs automobiles à instaurer des dispositifs d’alarmes pour éviter des situations du genre. Elle rappelle qu’en attendant, les parents devront trouver un dispositif ou un moyen adapté de répondre à leurs besoins.
M. Tousignant a pour sa part choisi de ne pas développer une solution de rappel liée à un outil technologique alors que le téléphone cellulaire arrivait en tête de liste des distractions au volant selon une étude réalisée par la Société de l’assurance automobile en 2015.

Deux ans de démarches
René Tousignant a eu l’idée de créer un outil pour aider les parents quelques jours après le décès d’un bambin à Saint-Jérôme. Alors qu’il lisait ses courriels dans sa voiture laissée au soleil toute la journée, il dit avoir pris conscience de l’enfer dans lequel le bébé avait passé ses dernières heures. «Je me suis dit que ça n’avait pas de bon sens qu’un enfant puisse être oublié dans une voiture, se souvient-il. Je suis retourné vers la maison et ça m’a trotté dans la tête durant tout le trajet. Quand je suis arrivé, j’en ai parlé à mon épouse et elle m’a dit de penser à quelque chose.»
Le créateur a d’ailleurs fréquenté plusieurs salons de la maternité; il dit s’être vite aperçu que le sujet est tabou auprès des parents. Certains lui ont même avoué n’avoir jamais dit à leur conjoint qu’ils avaient déjà oublié leur enfant dans la voiture.Pour le moment, dit-il, le produit trouve davantage de résonance auprès des grands-parents. n

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