30 août 2017
Hommage aux aidants naturels de la culture
Par: L'Oeil Régional

Permettrez-moi de rendre hommage à ceux que j’identifie comme des aidants naturels culturels, ces nombreux bénévoles qui contribuent à porter à bout de bras la culture du Québec.

Concrètement, les aidants en question sont les conjoints de créateurs qui ont décidé de consacrer leur vie à l’art sans parvenir à en vivre. Leurs conjoints et conjointes deviennent de facto aidants naturels culturels à partir du moment où ils pourvoient à leurs besoins.

Même si les choses ont quelque peu changé, nous sommes toujours habitués à ce que ce soit les hommes qui pourvoient aux besoins du couple et de la famille. Ainsi, grands sont les sacrifices et les frustrations de ma conjointe en tant que pionnière de cette catégorie. Elle qui donne déjà beaucoup à la société en tant qu’enseignante au primaire depuis plus de trente ans, elle constate chaque jour, à titre de pourvoyeuse, les limites qu’il y a à vivre avec un conjoint qui gagne peu et qui réinvesti tout ce peu dans son art depuis trente ans. Chaque jour, elle constate les limites de notre condition où il lui est difficile d’échanger d’égal à égal avec ses collègues de travail qui majoritairement vivent avec deux salaires. C’est un poids moral qu’elle doit supporter, souvent dans l’incompréhension.

Ils sont des centaines ces aidants naturels culturels. Ce sont les conjoints des poètes, des danseurs, des écrivains, des peintres enfin, des artistes de toutes disciplines qui expérimentent en ce moment pour créer l’art de demain. Sans eux, ni renouvellement de l’art sous toutes ses formes ni renouvellement de notre société. Mais la majorité de ces créateurs ne vivront jamais de leurs idées parce que, simplement, ils sont des précurseurs, des visionnaires hors du temps. Vous croyez que les artistes maudits n’existent plus, que les Gauguin et les Van Gogh ne sont plus possibles de nos jours?

Cet hommage vise donc à faire réaliser la valeur des nombreux contribuables qui sont au premier plan du bénévolat et du mécénat, car ils investissent directement dans la culture parce qu’un jour, ils sont tombés en amour avec un être original, singulier. Puissiez-vous un jour réaliser la fourberie de ce qu’on appelle l’économie de marché qui veut nous faire croire qu’il y a une place au soleil pour chacun de nous. Puissiez-vous réaliser qu’une société digne de ce nom fonctionnera plutôt sur l’économie sociale, communautaire et solidaire!

Finalement, tout ce que je désire c’est surtout rendre hommage à celle qui est plus que tout pour moi, ma pourvoyeuse céleste que j’appelle affectueusement La Carmen de Fiset.

Jocelyn Fiset, artiste, commissaire international, gestionnaire des arts

image