2 mai 2019
Guerre de bannières
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

J’écoute l’émission Le trône de fer et une partie de ma pensée divague sur le sujet de la rue Saint-Georges. Comme la fameuse série de George R.R Martin, le nombre de factions et de joueurs mêlés à l’intrigue rendent l’action difficile à suivre. Et les deux cas semblent être teintés d’un machiavélisme plutôt rude. Un seul siégera sur le trône de fer dans la série. À Mont-Saint-Hilaire, la victoire ne prend pas la forme d’une chaise faite d’épées fondues. Non, c’est plus subtil.

C’est un épicier, Metro Riendeau, qui poursuit Mont-Saint-Hilaire. Pourquoi? Parce que son principal compétiteur, IGA Pepin, veut déménager son commerce dans un bâtiment un peu plus gros. Pourquoi plus gros? IGA a voulu acheter le petit centre commercial qu’il occupe présentement, mais que c’est plutôt une société de portefeuille appartenant à des actionnaires de la compagnie qui exploite les Maxi, Provigo et Loblaws qui a fait l’achat. Donc, impossible de croître dans le local actuel. Un fait qui un ne doit pas faire pleurer le compétiteur.
Le bail de l’épicier prend fin en janvier 2020. Autant dire demain, dans le milieu des affaires. Où déménager alors? Sur la rue Saint- Georges. Mais le plan d’urbanisme durable de la Ville ne le permet pas vraiment, puisqu’il fixe une limite de superficie de 2500 mètres carrés. Qu’à cela ne tienne, on va trouver une façon de le faire. On utilise le plan particulier d’urbanisme (PPU). Voilà, pas besoin d’impliquer la population et on peut cibler un secteur bien précis.
Bon, les opposants (et il y en a) peuvent se rabattre sur la Commission municipale du Québec en déposant des mémoires.
En parallèle, Metro, qui est resté bien silencieux tout au long de la contestation, dépose une poursuite allégeant que ces règlements de la Ville est non conforme « puisqu’ils accordent un avantage indu à un concurrent qui pourrait construire un supermarché alimentaire avec certaines normes d’implantation non conformes ». Peut-être; un juge décidera. Mais ce qui nous intéresse, c’est la manœuvre en soi. D’ici une décision du juge, Metro demande que tous les travaux soient suspendus pour éviter d’être placés devant le fait accompli, c’est-à-dire une nouvelle épicerie. C’est quand même pratique aussi cette venue du bail en 2020. Si les travaux sont bloqués, la fin du bail de IGA devient rapidement un problème. Le Machiavel en moi pense que c’est justement le but de toute la patente!
Et c’est sûrement une coïncidence, mais l’avocat qui représente un des opposants devant la Commission municipale du Québec est le même avocat qui travaille pour Metro, Me Louis Beauregard. Des rumeurs très fortes laissent croire que Metro appuie directement les opposants dans leurs démarches. Difficile à dire puisque l’entreprise reste muette devant nos demandes d’entrevues. Mais le groupe opposant, La Voix des Citoyens, a publié un message à la demande de Gabriel Riendeau sur Facebook, ce qui apporte de l’eau au moulin.
Seuls la Ville, le promoteur et les opposants s’affrontent et nous parlent. Mais en arrière, deux bannières s’affrontent.
Pour citer le promoteur : « On ne parle plus de règles urbanistiques et d’aménagement, mais bien d’une entreprise qui vise à faire obstruction à un concurrent; c’est sidérant, lance-t-il. Il est dommage qu’une guerre de bannières commerciales vienne porter ombrage au dialogue citoyen qu’avaient mis en place Odacité Immobilier et la Municipalité de Mont-Saint-Hilaire. »
C’est triste, car Metro Riendeau et les Marchés Pepin (IGA) sont de bons citoyens corporatifs, impliqués dans la région. Cette guerre de bannières sur fond de construction majeure pour la Ville n’a rien de bon pour personne.

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