10 octobre 2018
Enlève ton voile
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Peut-on être agressé et agresseur? Oui. Le documentaire Troller les trolls, diffusé cette semaine à Télé-Québec, mettait la lumière sur le phénomène des trolls, ces individus qui se servent des réseaux sociaux pour insulter et menacer les internautes.

On peut être à la fois victime d’un troll, mais aussi être le troll.
Comme à l’école. J’ai été victime de harcèlement. Beaucoup? Non, mais quand même trop. Pas assez pour m’empoisonner la vie, disons. Est-ce que j’ai été un agresseur? Oui, quelques fois. Rabaisser l’autre nous rend tellement plus forts, le temps d’un instant.
Mon titre parle de voile. Avant, je veux vous parler de Donjons et dragons.
Je jouais à Donjons et dragons (D&D) au secondaire. C’était un jeu moins populaire lors de mon secondaire qu’aujourd’hui. Merci à Internet d’avoir permis à cette communauté d’exister et de permettre à plusieurs joueurs de découvrir que ce jeu était très populaire.
Au secondaire, je cachais ce loisir; pour ne pas me faire écœurer, bien simplement. Il y avait un groupe de jeunes qui jouaient dans un local, tous les midis. Le local était situé devant l’endroit où mes amis et moi avions l’habitude de nous tenir. Je vous rappelle que mes amis, tout comme moi, passaient leur week-end à jouer à D&D.
Mais on trouvait ça quand même nul de jouer à l’école. Sur l’heure du midi, pendant que l’on jasait et discutait (souvent de D&D), on avait devant nous une gang de jeunes qui jouaient à notre jeu préféré. Des losers, impopulaires, qui s’attiraient les railleries.
J’ai ri d’eux. Mes amis aussi. On s’est moqué devant leur face. On riait d’eux lorsqu’ils passaient devant nous pour aller dans leur local. On a même cogné à la porte quelques fois pour les déranger. On a ben ri.
Aujourd’hui, je me trouve tellement con. Ces gars-là auraient pu être mes amis si j’avais eu le même âge qu’eux. En fait, ils auraient dû être mes amis.
Si j’avais ouvert les yeux un peu plus grands, j’aurais misé sur nos ressemblances au lieu de nos différences. Aujourd’hui, je m’excuse à ces gars-là du local de l’école Fernand-Lefebvre à Sorel-Tracy. Ils ne se reconnaîtront peut-être pas. Pas grave. Les excuses, nous les faisons d’abord un peu pour soi! Pour s’alléger la conscience.
Ah oui, le voile. Qu’est-ce ce que je voulais dire là-dessus? Que je m’en torche. Sérieusement, la planète se meurt, on attend 20 heures à l’urgence, on dit que nos écoles s’écroulent et le premier geste de notre gouvernement, c’est de nous rappeler que la différence entre les cultures est plus importante que ce qui nous rassemble.
Je riais des jeunes dans le corridor parce que, dans le fond, j’étais juste trop peureux pour assumer que j’étais un nerd moi aussi. Pour assumer la personne que j’étais.
Ben Vincent Guilbault de secondaire 3, ce n’était pas un modèle d’ouverture à l’autre. Pis aujourd’hui, on lui ressemble de plus en plus, pis ça me fait chier. Faut-il qu’on ne soit pas assumés à ce point pour avoir peur de l’autre?

P.S.: Je reconnais que le Québec à des défis à relever en matière de laïcité et de vivre ensemble; je ne suis pas dupe. Mais ce billet se veut surtout un appel à la tolérance dans ce débat pourri par le temps et surtout, les réseaux sociaux. On peut tenir ce débat sans xénophobie.

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