31 août 2015
Enfances perdues au sein des Témoins de Jéhovah
Par: L'Oeil Régional
Après son livre, Jean-Sébastien Lozeau propose aujourd'hui un documentaire sur les enfants chez les témoins de Jéhovah.

Après son livre, Jean-Sébastien Lozeau propose aujourd'hui un documentaire sur les enfants chez les témoins de Jéhovah.

DOCUMENTAIRE. Pour les enfants. Pour les sortir de l’endoctrinement. Pour forcer la réflexion chez le public. C’est pour toutes ces raisons que l’Hilairemontais Jean-Sébastien Lozeau a tendu le micro à d’anciens témoins dans le documentaire de 60 minutes Au nom de Jéhovah.

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Le film met en vedette trois anciens membres du mouvement, aujourd’hui adulte, qui ont perdu une partie de leur enfance. Ils disent avoir été victimes d’abus, de conditionnement psychologique et même de viol, sans conséquence pour le mouvement. Souvent coupés de leur famille, les ex-membres du mouvement gardent encore aujourd’hui des séquelles de leur enfance.

Du livre à l’écran

En 2013,  Jean-Sébastien Lozeau publie Réveillez-moi! Une enfance chez les témoins de Jéhovah, un livre autobiographique très critique du mouvement. Le livre est un succès au Québec. «L’impact a été assez fort et rapide. J’ai reçu plein de commentaires d’ex-témoins. Dans les salons du livre, l’impact était tout aussi fort.» Des centaines d’ex-membres ont échangé ou partagé leurs histoires avec lui, dit-il.

«Avec le livre, ce n’était que mon histoire. Mais ce qui m’a frappé, c’est que plein d’autres ont vécu la même chose.» Il a donc voulu donner la parole aux autres. Réalisateur de métier (Le Banquier), le documentaire s’est imposé à M. Lozeau comme suite logique au projet. «Je pense que ça va toucher un plus grand nombre de gens à la télévision. Ça va leur permettre de comprendre, de saisir. Il y a plus de gens qui souffrent que l’on pense».

En plus d’ex-membres, le documentaire tend aussi le micro à différents experts dans le domaine de la loi, de la protection de la jeunesse ou de l’étude des mouvements sectaires. Des membres actuels des Témoins de Jéhovah et un porte-parole sont aussi en vedette dans le film. «Nous avons été dans une vraie famille de témoins. C’était très important pour moi. Le public va avoir tout en sa possession pour se faire sa propre opinion par rapport au rôle des enfants dans les mouvements religieux. Mais ça reste critique [comme documentaire].»

Endoctrinment des enfants

«L’angle du documentaire, ce sont les enfants pris dans une religion, une secte ou un mouvement. Quand tu as 18 ans ou plus, tu peux faire ce que tu veux. Si tu es bien, j’ai zéro problème avec ça. Dans mon livre, je n’ai jamais écrit que j’étais contre ça, seulement de faire attention quand ça touche les enfants.»

En entrevue, Jean-Sébastien Lozeau maintient que les enfants n’ont pas le sens critique d’un adulte. «On demande à ces enfants d’aller endoctriner d’autres personnes. Je les nomme les enfants-soldats de Jéhovah. On les envoie comme de la chair à canon. Ils sont vulnérables. On les envoie frapper aux portes pour parler du paradis. On les met devant la salle [du royaume] pour qu’ils lisent des textes de la bible qu’ils ne comprennent même pas.»

Le but du film est de pousser la réflexion sur le sort des enfants. «On ne leur fait pas faire de l’algèbre aux jeunes, c’est trop pour ce qu’ils sont capables d’assimiler. Pourquoi accepte-t-on comme société d’inculquer des principes [religieux] à des enfants qu’ils ne peuvent comprendre.»

Devant ce questionnement, le réalisateur reste sans réponse, tout comme les spécialistes rencontrés dans le film. C’est difficile d’un point de vue légal de soutenir des enfants endoctrinés, comme l’explique un expert dans le documentaire. Les séquelles psychologiques sont dures à prouver, ce qui rend une intervention du Département de la protection de la jeunesse difficile.

C’est encore tabou comme sujet, renchérit le réalisateur. «Je voulais parler à des profs et des directeurs d’école pour savoir comment on traite ces enfants à l’école. J’avais des profs prêts à parler, mais ils se sont fait dire qu’ils auraient des sanctions. On ne veut pas en parler. Même chose avec des médecins concernant la question des transfusions de sang. On ne veut pas parler de ça en 2015.»

Au nom de Jéhovah, diffusé le 2 septembre sur les ondes de TVA.

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