24 février 2021
Des terres agricoles saccagées par des motoneigistes
Par: Sarah-Eve Charland

L’acéricultrice Mylène Surprenant déplore le comportement de motoneigistes. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Bien que les agriculteurs doivent composer avec des pertes chaque année en raison des motoneigistes qui se promènent sans respecter les sentiers, l’enjeu est pire que jamais cette année. Pandémie, nouveaux adeptes de motoneige et agressivité composent un cocktail corsé servi aux agriculteurs depuis plusieurs semaines.

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« Avec la pandémie, c’est pire. Jusqu’à maintenant, personne ne m’a demandé s’ils pouvaient passer. Il n’y a aucun sentier sur nos terres. […] L’autre jour, mon conjoint a averti un motoneigiste qu’il ne pouvait pas passer. Le motoneigiste est devenu très agressif. Pourtant, mon conjoint était chez lui, mais pas le motoneigiste. Les réactions sont plus agressives. Je ne dis pas qu’ils sont tous comme ça, mais ce sont des histoires que j’entends aussi chez mes collègues. C’est vraiment répandu. C’était difficile avant. Ce l’est encore plus cette année », observe Mylène Surprenant, acéricultrice des Érablières Florent à Saint-Charles-sur-Richelieu.

Dans son coin, les motoneigistes empruntent un chemin privé qui relie plusieurs érablières dans un boisé. Le chemin se transforme en cul-de-sac. Les motoneigistes, n’ayant d’autre choix, se promènent dans le boisé pour revenir. Ils peuvent alors écraser de jeunes érables ou abîmer des tubulures. « C’est ça le gros enjeu. Ils abîment tout ce qu’ils ne voient pas », poursuit-elle.

Le président de l’Union des producteurs agricole (UPA) de la Vallée-du-Richelieu, Charles Boulerice, rappelle l’importance de respecter la propriété privée.

« Par exemple, l’automne dernier, j’ai investi près de 3500 $ en engrais vert pour m’assurer d’avoir des champs verts au printemps. Si on compacte la neige, ça va favoriser le gel et créer des endroits plus jaunes. L’agriculture a beaucoup changé. Ce qui est populaire, c’est de ne pas travailler le sol. Je ne veux pas de trace dans mon champ. Je ne veux pas travailler mon sol. Si mes tiges sont couchées toutes dans le même sens, je vais travailler dans le sens inverse cet été. Si un motoneigiste va dans tous les sens sur mon terrain, il vient de changer comment je vais devoir travailler », explique M. Boulerice.

L’UPA de la Montérégie a d’ailleurs fait imprimer 100 pancartes de sensibilisation. Elles ont été mises à la disposition des agriculteurs, des municipalités et des clubs de motoneige gratuitement. En moins de deux jours, elles ont été épuisées. Le syndicat a alors commandé 600 autres pancartes pour répondre à la demande.

Un privilège

Certains producteurs accordent des droits de passage aux clubs de motoneige et, du même coup, assument des pertes de production aux endroits où sont tracés les sentiers. Les clubs de motoneige vendent par la suite des cartes de membre donnant ainsi l’autorisation d’utiliser ces sentiers. Ces sommes permettent d’entretenir les sentiers.

« Mon droit de passage, je l’ai donné une fois au téléphone pendant que je mangeais mon lunch, raconte M. Boulerice. Je n’ai rien en retour. J’aimerais que les clubs nous rencontrent. On n’a pratiquement pas de contact avec eux. S’ils ne prennent pas soin de nos terres, ils vont perdre ce privilège. »

Le président du Club de motoneige Adidou, Robert Roy, est bien conscient que l’accès aux terres agricoles est un privilège qui peut être révoqué.

« Quand on rencontre les membres, on leur explique où ils peuvent passer et où ils ne peuvent pas. Les agriculteurs nous permettent un passage précis, mais pas un accès partout sur leurs terres. Leur culture, c’est leur gagne-pain. Ils peuvent nous enlever ce privilège. Ça peut arriver », reconnaît-il.

Le Club compte près de 900 membres. Avec la pandémie, la motoneige a accueilli de nombreux nouveaux adeptes. « Effectivement, la problématique est plus présente cette année. Il y a plusieurs nouveaux adeptes. Ils ne sont pas tous au courant de comment ça fonctionne. On a diffusé de l’information sur les réseaux sociaux. On a ajouté plus de signalisation pour rappeler de rester sur les sentiers », assure-t-il.

Au moment de mettre sous presse, la Sûreté du Québec (SQ) n’était pas en mesure d’affirmer s’il y avait eu une augmentation des plaintes concernant des motoneiges circulant sur des terres agricoles. Sur le territoire de Pierre-De Saurel et de la Vallée-du-Richelieu, la SQ a effectué une vingtaine de sorties à l’hiver 2020-2021, a donné une vingtaine de constats d’infraction et a effectué des vérifications auprès de 300 motoneiges lors de ses patrouilles.

Pour ce territoire, on retrouve quatre patrouilleurs formés pour les sentiers de motoneige. La SQ possède aussi deux motoneiges pour effectuer les patrouilles.

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