31 mars 2021
Récoltées au mont Saint-Hilaire
Des roches exceptionnelles acquises par le Musée canadien de la nature
Par: Sarah-Eve Charland

Chercheur et chef de la section de minéralogie au Musée canadien de la nature, Aaron Lussier.

Chercheur et chef de la section de minéralogie au Musée canadien de la nature, Aaron Lussier. Photo gracieuseté | Pierre Poirier, Musée canadien de la nature

Le sous-sol géologique du mont Saint-Hilaire est unique et a une réputation internationale, selon le chercheur Aaron Lussier. C’est donc avec un enthousiasme certain que le Musée canadien de la nature à Ottawa a acquis une partie de la collection de minéraux Gilles Haineault, ayant une valeur de plusieurs millions de dollars.

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Le passionné de Saint-Mathieu-de-Belœil Gilles Haineault a amassé des roches à la Carrière Mont-Saint-Hilaire pendant plus de 40 ans, en compagnie de sa défunte femme Liliane. Il avait plus de 16 000 spécimens de minéraux entreposés chez lui, dont près de la moitié a été acquise par le Musée canadien de la nature.

En 2013, le collectionneur a approché le Musée afin de connaître son intérêt à acquérir sa collection. Il avait alors certains critères : que les minéraux soient protégés, soient inclus dans la collection nationale et qu’ils soient utilisés pour la recherche. Après des années de négociation, l’acquisition s’est réalisée.

« Je savais que le meilleur moyen de protéger ma collection pour les générations futures était de la donner au Musée canadien de la nature, un établissement national de confiance qui l’utilisera pour des activités de recherche et d’éducation intéressantes. J’ai hâte de voir quelles espèces minérales et peut-être même quels nouveaux usages minéraux le Musée découvrira grâce à cette collection », a souligné M. Haineault par le biais d’un communiqué de presse. Ce dernier a préféré laisser le Musée le représenter en entrevue.

Pour le chercheur et chef de la section de minéralogie au Musée canadien de la nature, Aaron Lussier, cette nouvelle est excitante. Près de 8000 minéraux feront partie de la collection permanente du mont Saint-Hilaire au musée.

« Le mont Saint-Hilaire est un endroit fameux partout sur la Terre. N’importe qui qui s’intéresse aux minéraux et qui fait de la recherche connaît bien les minéraux du mont Saint-Hilaire. C’est quelque chose de très important pour la recherche », affirme M. Lussier.

Chercheur et chef de la section de minéralogie au Musée canadien de la nature, Aaron Lussier.

Sur la planète, on retrouve près de 5500 minéraux différents. Au mont Saint-Hilaire, on retrouve 439 espèces minérales différentes. Cela représente même près de 25 % des espèces connues au Canada. De ces 439 espèces, 71 ont été découvertes pour la première fois à cet endroit. C’est donc dire que le site du mont Saint-Hilaire offre une diversité unique de minéraux.

« C’est très exceptionnel. En plus, la composition chimique de ces minéraux est très rare. Les minéraux du mont Saint-Hilaire sont d’une qualité incroyable concernant leur composition, leur géométrie et, dans quelques cas, leur grandeur », ajoute le chercheur.

Sur les 8000 spécimens acquis par le Musée, 1160 sont d’une qualité exceptionnelle, soutient Aaron Lussier, à tel point qu’ils sont maintenant considérés comme trésor national par la Commission canadienne d’examen des exportations de biens culturels. Ils doivent donc être protégés, préservés et accessibles au public.

Possibilité de découverte

Ayant en main des minéraux de grande qualité, le chercheur est très optimiste de faire des découvertes.
« Ce n’est pas aussi rare qu’on le pense. Il y a environ 200 nouvelles espèces qui sont trouvées chaque année partout sur le globe. Il y a toujours la possibilité de trouver quelque chose. C’est certainement le cas pour le mont Saint-Hilaire. […] Ce sont des minéraux assez rares. Ils ont des aspects chimiques et structurels qui sont intéressants pour la recherche parce qu’on ne les retrouve pas dans d’autres régions de la Terre. C’est très difficile de les recréer en laboratoire. On utilise le mont Saint-Hilaire comme laboratoire naturel. Même si c’est une espèce de minéraux qu’on connaît déjà, il y a toujours des choses qu’on peut apprendre », mentionne-t-il.

Les minéraux vedettes du mont Saint-Hilaire*

Catapléiite : sans doute la pièce maîtresse de la collection, cet impressionnant spécimen de catapléiite est considéré comme le plus connu. Il s’agit d’une imposante rosette (cristaux assemblés sous la forme d’une rosette) de 16 cm x 23 cm qui est la plus belle jamais découverte en raison de la taille des cristaux et de leur lustre exceptionnellement brillant. La rosette repose sur une matrice composée d’autres minéraux, notamment de quelques cristaux blancs de natrolite devant et derrière la rosette.

 

Carletonite : la carletonite est connue pour son bleu centauré caractéristique. Elle compte parmi les 71 espèces minérales découvertes au mont Saint-Hilaire. Décrite en 1971, elle n’a jamais été trouvée ailleurs dans le monde. Ce spécimen est considéré comme le meilleur jamais mis au jour en raison de ses gros cristaux bien formés et de sa couleur d’un bleu beaucoup plus vif que chez les autres spécimens collectés.

 

Sérandite : la sérandite est la signature minérale du mont Saint-Hilaire. La qualité exceptionnelle des premiers spécimens de sérandite collectés au mont Saint-Hilaire a contribué à la renommée de ce site. Ce spécimen saisissant est une pièce bien connue de la collection Haineault en raison de sa taille exceptionnelle, de ses cristaux bien définis et d’une couleur orange foncé beaucoup plus vive que celle des autres spécimens de sérandite.

*Source : Musée canadien de la nature

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