24 août 2018
Projet Grand chelem de Roxane Chamberland
Des performances inspirées par le baseball
Par: Olivier Dénommée

Quelques-uns des objets amassés par l’artiste en vue du projet. Photo: François Larivière

L’été dernier, l’artiste Roxane Chamberland passait près du terrain de baseball de Sainte-Madeleine, comme elle fait très souvent lors de ses déplacements entre Belœil et Saint-Hyacinthe, quand tout à coup, l’étincelle est venue: elle a vu pour la première fois ce terrain d’un œil d’artiste et a eu l’idée de consacrer son prochain projet à des performances in situ sur quatre terrains de la région. La première est prévue le 24 août.

Dans sa jeunesse, l’artiste d’«art performance» n’avait pas particulièrement pratiqué ce sport, mais se souvient d’avoir souvent écouté des matchs à la radio, d’avoir assisté à quelques parties des Expos de Montréal et d’avoir eu un petit faible pour le joueur Tim Wallach. L’étincelle lui a ravivé ces souvenirs et l’a convaincue de proposer le projet Grand chelem au Conseil des arts et des lettres du Québec, qui lui a confirmé un soutien financier en début d’année pour qu’elle mène son projet à terme.

Depuis des mois, Roxane Chamberland collectionne des objets liés de près ou de loin au baseball et s’immerge dans cet univers fascinant. Dans sa collection: des balles, des gants, des objets de tous les jours avec une thématique baseball, des livres traitant de ce sport, un tourne-disque avec des vinyles rappelant la musique entendue lors d’un match et beaucoup, beaucoup de cartes de joueurs. «Je l’appelle mon jeu de tarot. Je joue avec les cartes, je les regarde, je les classe et parfois elles me parlent», lance l’artiste qui s’inspire de ce que ces cartes dégagent pour se préparer à sa série de quatre performances. Elle a aussi créé son «uniforme» doté de son propre logo et même du numéro qu’elle a choisi, le 10.

L’art de la patience
Le thème du baseball est bien établi, mais il faut savoir s’il ne sert malgré tout que de «prétexte» à la performance de Roxane Chamberland. «Je ferai tout plein de choses sauf jouer au baseball!», prévient l’artiste qui précise d’ailleurs que rien ne sera décidé jusqu’à la dernière minute et que chaque performance sera unique dans le cadre de Grand chelem. «Dans l’art performance, il y a trois notions importantes: l’ambiance, la présence et le temps. C’est un travail de présence où il faut être à l’affût de ce qui est autour. Ce n’est pas de l’improvisation, c’est l’art du moment présent.»

L’artiste aime «construire lentement» ses performances, qui pourraient durer quelques heures chacune. «Le baseball est une machine à figer le temps», rappelle-t-elle, précisant que le mot clé de Grand chelem est «patience». «C’est tellement un beau mot qui est de moins en moins utilisé!»

Elle voit ses performances comme des moments privilégiés qu’elle vivra en présence du public qui ne sera pas captif durant la performance. «Ils pourront arriver et quitter à leur guise. Je risque de me faire déranger ou interpeller par des gens, mais ça fait partie de la game! Ça se peut aussi que j’interagisse avec le public si je ne suis pas au milieu d’un mouvement.» Les amateurs comme les néophytes de ce sport pourront apprécier ces performances révélant un univers «plus intime, romantique, ludique et énigmatique», à une condition: «pour vivre l’expérience, il ne faut pas avoir peur du temps!»

Grand chelem l’amènera à performer le vendredi 24 août à Belœil. Otterburn Park, Sainte-Madeleine et Saint-Mathieu-de-Belœil suivront dans les prochaines semaines.

D’autres volets
Grand chelem ne se limite pas à quatre performances in situ: pendant celles-ci, Roxane Chamberland sera entourée de deux collaboratrices, une photographe et une «marqueuse» qui prendra tout, incluant ses mouvements, ses émotions, l’heure et la météo du moment, en note. Le but est d’utiliser ces éléments dans une exposition à venir en 2019 à Art Station de Mont-Saint-Hilaire. «Il y aura trois types de matériaux dans cette exposition: des objets, des informations techniques (prises par la marqueuse) et des images.» À coup sûr, Roxane Chamberland compte faire ses propres cartes de joueurs, inspirées de celles qu’elle a en sa possession, statistiques incluses. Quant au reste de l’exposition, il se précisera après avoir pris assez de recul pour «jeter un regard neuf là-dessus» après la série de performances. Le troisième volet du projet en sera un de médiation culturelle. L’artiste compte rencontrer quatre groupes issus des municipalités où elle a présenté ses performances. Un beau défi pour Roxane Chamberland qui admet faire du «défrichage» pour mieux faire connaître l’art performance. «C’est encore trop peu connu en région, mais ce n’est pas vrai que c’est seulement à Montréal qu’on a droit de s’intéresser à cette forme d’art», insiste-t-elle.

Pour plus de détails sur ses quatre performances in situ et pour en savoir plus sur la démarche artistique derrière Grand chelem, il faut se rendre sur le site web www.roxanec.com

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