27 juin 2018
Meurtre de Cheryl Bau-Tremblay
Des organismes interpellés par le procès
Par: Denis Bélanger

Les membres de la famille de Cheryl Bau-Tremblay bénéficient de l’aide du CAVAC depuis le drame survenu il y a près de trois ans. Photo: Archives

En plus des forces policières, le procès pour meurtre d’Alexandre Gendron, accusé d’avoir tué sa conjointe alors qu’elle était enceinte, mobilise aussi les ressources d’organisme d’aide et de soutien aux victimes. Le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) de la Montérégie et la Maison d’hébergement pour femmes et enfants La Clé sur la Porte ont suivi d’ailleurs de près la cause au palais de justice de Saint-Hyacinthe.

Une des trois intervenantes du point de service du CAVAC de Saint-Hyacinthe a accompagné durant tout le procès les proches de la victime, dont sa mère Nicole Bau, qui a témoigné durant les premiers jours d’audience devant le jury, et sa sœur Cidjy Bau-Tremblay. L’intervention de l’organisme à but non lucratif a commencé bien avant le procès comme dans tous les cas où l’aide du CAVAC est nécessaire.

«On offre plusieurs services. On fait notamment de l’accompagnement judiciaire. On aide les proches des victimes à comprendre le processus judiciaire. On les aide aussi à remplir une demande d’indemnisation à l’IVAC (Indemnisation des victimes d’actes criminels), quand il y a lieu de la faire», dit Catherine Cartier, directrice générale du CAVAC de la Montérégie, pour décrire les services offerts de façon générale par son organisme. «Nous offrons des services psychosociojudiciaires comme des interventions post-traumatiques, car les gestes peuvent avoir des conséquences pour les victimes et les familles», renchérit Mme Cartier.

Les équipes du Réseau des CAVAC sont composées de membres provenant de divers ordres professionnels, dont des criminologues, des travailleurs sociaux, des psychoéducateurs et des sexologues. Les services offerts sont gratuits et confidentiels.

Le point de service de Saint-Hyacinthe du CAVAC Montérégie a effectué 181 accompagnements judiciaires entre le 1er avril 2017 et le 31 mars 2018.

Bien comprendre la situation
Membre du Regroupement des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, la Clé sur la Porte de Saint-Hyacinthe a envoyé une intervenante pour suivre le procès, en raison de la violence conjugale en cause.

«Nous voulons voir comment le procès va se dérouler, si la situation va être bien comprise et avoir une sentence, rapporte l’intervenante Anne-Marie Soulard. Il faut voir ce qui arrive aux pauvres victimes face à la justice; est-ce que c’est tout le temps respecté. Il faut prendre conscience que ce n’est pas juste un problème de consommation [d’alcool de Gendron], il y a plus que ça. Il y a aussi un volet de soutien à la famille. C’est important [que les membres de la famille] sachent qu’on est là et qu’on se sent concerné par la situation. S’ils ont besoin de soutien, nous comprenons la situation. Des fois, les gens peuvent se sentir seuls dans ce processus, mais dans ce cas-ci, il semble y avoir un bon appui de la famille.»

La présence de l’organisme a aussi un but de sensibilisation afin de rappeler au public qu’il est important d’aller chercher de l’aide avant qu’il ne soit trop tard. «Beaucoup de gens se disent “Non, je ne suis pas vraiment victime, il ne m’a jamais frappé”. Mais lorsqu’il arrive une situation où elles sont sur le bord de se séparer, là, on note plus de situations de violence», renchérit Mme Soulard.

 

Ouvert depuis 1981, l’organisme a accueilli plus de 4000 femmes et reçu des milliers de demandes d’aide. La Clé sur la Porte a également des points de service à Belœil et à Acton Vale.

Présente aussi depuis le début

La mère de la victime a aussi bénéficié de l’aide de l’ Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD). Cet organisme, dans lequel Nicole Bau s’investis personnellement, est derrière elle depuis le tout début, soit immédiatement après les funérailles de Cheryl.  L’AFPAD lui a donné soutien, écoute, rencontre thérapeutique et bien d’autres services. «La visite à l’Assemblée nationale avec les ministres était organisée par  Nancy Roy, directrice de l’Association qui se bat toutes les semaines bec et ongles pour faire avancer toute aide relative aux familles éprouvées», a ajouté Mme Bau. Une représentante de l’AFPAD s’est  AUSSI présentée à deux reprises lors du procès, et ce, «de manière discrète, personnelle et professionnelle », à la demande de Mme Roy.

Les parents aussi des victimes

Le député de Borduas, Simon Jolin-Barette, et la vice-chef du Parti Québécois, Véronique Hivon, avaient d’ailleurs pressé la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, de moderniser le régime d’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC), l’hiver dernier, afin de faire reconnaître les parents d’enfants assassinés comme des victimes.

La mère de Cheryl Bau-Tremblay, Nicole Bau, était présente à l’Assemblée nationale en février avec d’autres parents d’enfants assassinés pour réclamer cette modernisation.

Selon le député caquiste, les parents ne sont pas considérés comme des victimes et bénéficient à seulement de 30 séances de psychothérapie. «Il n’y a pas de dédommagement pour aller au procès, déplore M. Jolin-Barrette. Le meilleur exemple, c’est [la famille de Cheryl Bau-Tremblay]. Ils viennent du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le procès dure un mois. Ils doivent se loger, manger au restaurant pendant un mois. Il n’y a pas de soutien admissible pour ces familles-là.»
Le député réclamait aussi la même règle pour les parents d’enfants assassinés à l’étranger, qui ne sont pas considérés comme une victime au sens de la loi. Le député rappelle que l’IVAC a actuellement 30 M$ de surplus, qui pourrait servir à soutenir les parents.

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