4 avril 2018
Des munitions
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Le bras encore tremblant, Robert Poirier retire ses bandages. Les lacérations dans la chair font frissonner. On imagine les crocs de la bête s’acharner sur le pauvre homme.

Au moment de l’attaque, il a levé le bras. Le chien visait plus haut; le visage, la gorge, le torse? Il aurait bien défiguré l’homme.
Mes proches ou ceux qui me lisent régulièrement me connaissent un penchant pour les laisses et les restrictions sur la liberté des chiens. Moi-même victime d’un berger allemand agressif, momentanément libéré de sa laisse en raison de sa force, j’ai un œil toujours méfiant des bêtes. Ma main en garde encore les marques; ni le temps ni la suture n’ont suffi à camoufler le dommage.
J’ai bien assisté, par les médias, à la violente agression de cette jeune fille, Vanessa Biron, à Brossard. Son visage tout aussi violenté par un pitbull m’avait fendu le cœur. Si j’oublie rapidement mes marques subtiles sur ma main, la pauvre enfant devra, elle, s’en souvenir toute sa vie. Son miroir et le regard des autres se chargeront sinon toujours de lui rappeler.
Le maître du chien ira en prison. Mais voilà, ce n’est pas la bête qu’on punit, c’est le maître. Le maître dangereux et insouciant, qui n’a montré aucun remords.
Le jugement, quoique bien et juste, je suppose, ne clôt pas le débat. Nous posons seulement un pansement sur la plaie; ce n’était pas la faute de l’animal, comme le clament les partisans «pro-pitbull». L’honneur est sauf.
Même moi, je n’y pensais plus depuis quelques semaines.
Mais lorsque M. Poirier a enlevé ses pansements, lorsqu’il nous a montré les photos, ce n’était plus un lointain débat. Dans le journal, même Longueuil peut sembler aussi loin que la Syrie et la Corée du Nord. On sait que le problème existe, mais ça semble si loin.
Mais ici, dans nos bureaux, j’ai vu les marques de dents dans le bras et la seule chose brillante que j’ai trouvé à dire à l’homme, c’est qu’il avait été chanceux de ne pas avoir été attaqué au visage! Même moi je suis programmé à accepter la «banalité» de cette morsure.
Mais voilà, un autre de plus sur la liste des humains attaqués par un pitbull. Je sais très bien que les photos que vous voyez se promèneront un peu partout dans la province à partir d’aujourd’hui. Ces photos sont des munitions.
Des munitions pour tous ceux qui veulent un meilleur encadrement de certaines races de chiens ou encore l’instauration d’un permis ou d’une autorisation pour permettre à de futurs propriétaires de montrer patte blanche avant l’acquisition de certains chiens. Et je ne peux que m’en réjouir.

 

Note de la rédaction: Nous avons décidé de ne pas publier les photos fournies par M. Poirier en raison de leur nature graphique. Mais les blessures étaient très impressionnantes. 

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