29 janvier 2020
Programme sur l’anxiété des jeunes
Des élèves d’Ozias-Leduc au cœur de la recherche
Par: Sarah-Eve Charland

La directrice de l’école secondaire Ozias-Leduc, Louise Létourneau, place l’anxiété au sommet de ses préoccupations. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

La directrice du Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale destiné aux enfants adolescents et adolescentes et aux jeunes adultes, Julie Lane. Photo gracieuseté

L’anxiété chez les jeunes semble se répandre comme une trainée de poudre. Des professionnels de la santé, du milieu scolaire et du milieu universitaire se sont réunis afin de prévenir et d’intervenir de façon précoce par le biais d’un programme de recherche. Deux écoles de la région s’y sont investies, dont l’école secondaire Ozias-Leduc de Mont-Saint-Hilaire.

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L’anxiété est un fléau, assure la directrice de l’école secondaire Ozias-Leduc, Louise Létourneau. Le programme de recherche est composé d’un volet prévention et d’un volet intervention. Moins d’une dizaine d’élèves sur près de 350 élèves en secondaire 1 ont présenté des risques de vulnérabilité à développer des troubles anxieux après avoir suivi les ateliers de prévention.

« On a fait un prétest (avant les ateliers). Cinq élèves étaient ressortis. Au post-test (après les ateliers), ce ne sont pas les mêmes qui sont ressortis. On en a des nouveaux qui se sont ajoutés. D’autres se sont enlevés, probablement que les ateliers leur avaient convenu. Dans ces tests, on a identifié des signes avant-coureurs de l’anxiété. On peut dire qu’on a dépisté des enfants ayant des difficultés d’adaptation », affirme la directrice.

Ces tests ont pour objectif d’observer si les outils donnés en prévention ont permis d’atténuer les symptômes liés aux troubles anxieux et de cibler des élèves plus à risque. Le programme est piloté par le Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale destiné aux enfants adolescents et adolescentes et aux jeunes adultes, de l’Université de Sherbrooke.

Louise Létourneau s’est plutôt montrée surprise des résultats, jugeant que les questions posées aux élèves étaient plutôt subjectives. Elle assure toutefois observer la présence de symptômes d’anxiété auprès de la plupart des élèves. Ces tests ont permis d’identifier des élèves qui n’étaient pas connus des professionnels de l’école.

« L’anxiété, c’est quelque chose de présent. Les élèves associent l’anxiété au stress, mais il y a plein d’autres facteurs. C’est sûr que les jeunes sont plus stressés qu’ils ne l’étaient autrefois. […] Je pense que toutes les actions qu’on peut faire, de l’ordre plus général comme la prévention, en touchant le plus de monde possible, c’est assurément un facteur de protection. »

La directrice du Centre RBC, Julie Lane, mentionne que le questionnaire comporte une centaine de questions basées sur d’autres questionnaires validés scientifiquement. « Oui, c’est basé sur des perceptions. Le questionnaire a été validé par d’autres scientifiques. Ça démontre que les perceptions témoignent d’une réalité. »

Les questionnaires permettent d’identifier des symptômes. L’un des symptômes qui sont particulièrement ressortis dans les résultats à Ozias-Leduc est celui de l’attitude négative face aux problèmes.

« Tous les êtres humains font face à des difficultés et doivent s’adapter. Ça s’apprend. On essaie de leur donner des outils pour s’adapter. […] On peut travailler sur l’attitude négative. Comment composes-tu avec des problématiques? Quel est ton choix d’attitude? Quels sont les outils que tu peux utiliser? Tout être humain devrait avoir ce coffre à outils », ajoute Mme Létourneau.

Les ateliers en prévention ont des impacts, assurent Mmes Lane et Létourneau. « On voit une diminution des symptômes de l’anxiété chez la plupart des élèves au post-test » appuie Mme Lane.
Intervenir de manière précoce

Après la semaine de relâche, les ateliers en intervention commenceront. Des groupes restreints seront formés avec les élèves à risque. Dans ce volet, les parents sont invités à s’impliquer dans les ateliers.

La chef de programme équipe santé mentale jeunesse première ligne pour le Réseau local de santé Richelieu-Yamaska et clinique externe de pédopsychiatrie à l’hôpital Honoré-Mercier, Marie-Claude Larouche, affirme que l’anxiété fait partie des principales raisons de consultation en santé mentale chez les jeunes. Elle travaille notamment au CLSC des Patriotes à Belœil.

« On a de l’expérience avec la clientèle. Ils sont à l’école, mais ils sont aussi dans nos services. On veut être capable de les attraper pour prévenir le développement de troubles anxieux », souligne Mme Larouche.

L’anxiété va se manifester par des peurs, ajoute-t-elle. « Ce sont des situations qui vont limiter le jeune, qui peuvent créer de l’évitement. Ça peut se multiplier pour créer de plus en plus d’évitement. Ils peuvent développer des mécanismes qui pourraient se traduire éventuellement par des troubles anxieux. »

L’anxiété, un trouble répandu

Selon le centre RBC, l’âge moyen d’apparition de la plupart de ces troubles se situe entre 7 et 12 ans. Ils atteignent plus de 10 % des enfants et des adolescents. Les troubles anxieux se rétablissent rarement par eux-mêmes. Les personnes atteintes doivent donc chercher des outils pour en diminuer les effets. Le réseau scolaire devrait donc aider les élèves tout au long de leur parcours scolaire à développer des compétences psychosociales, insiste la directrice du Centre RBC, Julie Lane.

« Il y a plusieurs pays qui ont pris la balle au bond, mais le Québec est vraiment en retard. Tous les enjeux qu’on voit dans notre province d’anxiété, de stress, de santé mentale, de suicide et d’homicide ne sont probablement pas étrangers au fait qu’on n’a pas su développer ces compétences psychosociales. Ce qui fait qu’on a des adultes qui ont de la misère à composer avec les enjeux de la société, avec la pression, avec la rupture amoureuse, la résolution de conflits. On espère que tout ce qu’on développe présentement va tranquillement agir sur le bien-être et la santé mentale de notre société au Québec », espère-t-elle.

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