8 juillet 2015
Déficit, trop de festivals dans la région?
Par: Denis Bélanger
Festival d'été de Mont-Saint-Hilaire

Festival d'été de Mont-Saint-Hilaire

Le Festival international de percussions (FIP) qui animait auparavant les rues du Vieux-Longueuil se tient cette année à Montréal.

Le Festival international de percussions (FIP) qui animait auparavant les rues du Vieux-Longueuil se tient cette année à Montréal.

DOSSIER. L’offre des festivals à caractère culturel pour les résidents de la région est énorme cet été. Plusieurs événements ont encaissé un déficit en 2014 et les intervenants du milieu touristique sont inquiets pour la survie de certains d’entre eux. Mais ils sont nombreux à réfuter l’hypothèse qu’il y a trop de festivals au Québec.

L’Œil Régional a répertorié 20 événements, 10 en Montérégie et 10  à Montréal durant la période estivale. «Les événements de la région sont dans le sillon de Montréal. C’est certain qu’un festival d’ici qui a lieu en même temps que le Festival international de Jazz, fera face à une forte concurrence», souligne François Bédard, professeur et directeur du département d’études urbaines et touristiques de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Ces événements se disputent aussi le «dollar loisir» des festivaliers avec des festivals culturels réputés dans d’autres régions (Festival d’été de Québec et Monde des Cultures de Drummondville) ainsi que des événements sportifs de la grande région métropolitaine (Coupe Rogers et Régates de Valleyfield).

Comme le fait remarquer le responsable des communications de l’Expo de Saint-Hyacinthe (exposition agricole), Karl-André Végétarian, les festivaliers n’ont qu’un nombre limité de jours de congé.

Chacun sa place

Le directeur général de Festivals et Événements Québec (FEQ) Pierre-Paul Leduc est l’un des nombreux intervenants à mentionner que chaque événement a sa place. «La plupart des festivals ont 63% de clientèle locale. Le Festival Western de Sainte-Tite est l’exception qui confirme la règle. Les festivals sont d’abord organisés pour des fins de loisirs des localités. Les gens de l’extérieur qui vont au Festival de Jazz  n’aimeraient pas qu’il y ait uniquement des festivaliers de l’étranger. Ils viennent au Québec pour vivre et connaître la culture d’ici.»

«Qu’il y en ait beaucoup, c’est une bonne chose. Ça favorise le positionnement du Québec sur le plan touristique, ajoute François Bédard. Si un produit est bon, il va survivre. Les festivals ont des portées différentes. Il y en a qui sont internationaux et d’autres plus locaux.»

Le fondateur du Festival d’été de la Vallée du Richelieu, Marc-André Bellemare est d’avis que les «vrais festivals» sont la marque de commerce du Québec. Selon lui, la concurrence provient de plus petits événements. «Il n’y a pas trop de festivals. Ils attirent énormément de touristes.  Le mot festival est toutefois trop utilisé à toutes les sauces. Il y a plein d’événements qui se donnent l’étiquette de festival, mais n’en sont pas un. Il y a eu aussi au cours des années une multitude d’événements municipaux où les spectacles offerts étaient gratuits. Ce qui arrive après c’est que les artistes refilent la facture aux festivals. Nous avons essayé la gratuité l’an dernier et ça n’a pas été concluant.»

Entreprise coûteuse

Les festivals faisant partie de FEQ ont beau générer un chiffre d’affaires annuel de 300  M$, Pierre-Paul Leduc reconnaît que la profitabilité est parfois négative. D’ailleurs, un portrait des revenus et des dépenses pour  85 festivals membres de FEQ révélait, pour l’année 2013, une perte de 737 958 M$. Leduc redoute aussi, en cette aire d’austérité,  une éventuelle diminution des commandites versées par Loto-Québec. Pas moins de 34% des revenus des festivals proviennent de la commandite, et 26% de subventions.

La directrice générale de Tourisme Montérégie, Josée Julien démontre aussi une certaine inquiétude quant à la survie de certains événements. «La concurrence est de plus en plus forte. Les organisateurs d’événements devront innover.»

Marc-André Bellemare affirme de son côté que la survie d’un festival ne peut jamais être assurée. «Il faut avoir des appuis dans le milieu et la température peut jouer des mauvais tours», a-t-il dit quelque temps avant la tenue de son 10e Festival d’été qui a justement été affecté par les caprices de dame Nature.

Autre texte: Quelques festivals en rafale

Peu de jours inoccupés

Du 11 juin au 31 août, seulement 10  jours, tous en août, sont inoccupés par un des 20 événements répertoriés par L’Œil Régional. De plus, il y a 40 jours où deux événements sont au programme, et 18 à trois événements ou plus.

Il y a deux changements majeurs au calendrier cet été. Le Festival international de la chanson de Granby aura lieu à la fin août, au lieu du mois de septembre. «La température sera plus clémente et nous devrions avoir un achalandage plus élevé. Et en août, les gens ont encore l’esprit festif», rapporte le directeur général et artistique du Festival, Pierre Fortin.

L’autre est le déménagement à Montréal du Festival international de percussions (FIP) qui animait auparavant les rues du Vieux-Longueuil. Pour combler la perte du FIP, la Ville de Longueuil a retenu les services de Gregory Charles. Ce dernier inaugurera cette année le Sommet des Arts et de la Culture (SAM), mais en septembre.

«Il y a un seuil difficile à franchir de par le fait qu’on est collé à Montréal. L’entrée de l’été est très pesante à Montréal avec ses différents événements et festivals. Leur ambition, c’est d’en faire plus large. Sans compter ce qui se fait au parc Jean-Drapeau. Donc, tu peux aller te battre avec ça, mais pourquoi le faire si on peut créer des événements distincts?», souligne Gregory Charles.

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