6 janvier 2021
Décence et jalousie
Par: Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Quand je me permets de critiquer et de condamner les voyageurs, je tente de me convaincre que c’est pour une question de décence. Que je me prive de voyage et de liberté pour soutenir le système, pour faire ma part. On prend un coup pour la gang.

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Mais lorsque je regarde les photos des gens en voyage, je sais que c’est plus de l’envie et de la jalousie. Je regarde des clowns comme les frères Tadros qui font le party à Playa del Carmen au Mexique et qui osent nous narguer en nous traitant de moutons (n’allez pas sur leur page Facebook, ça enrage!).
Oui, un peu de jalousie. Je vois les photos de bikinis et de plages sur plusieurs comptes Facebook et je maudis le virus. Comme nous tous, je suis pogné ici à parler à mon ordi, 8 h par jour. Moi aussi, je pourrais avoir les fesses dans la mer au lieu de me faire violence.
Rappelez-vous au début de la crise ? On chialait contre les profs en congé, payés à la maison, alors qu’on devait se farcir le boulot. Depuis que les cours ont recommencé en ligne, c’est drôle, on n’entend plus personne se plaindre des profs…
Me souviens qu’on disait aux profs de se garder une petite gêne. On le sait que la job est tough, mais là, t’es payé à ne rien faire.
Une question de décence.
J’aimerais bien voyager, mais le travail m’en empêche. Mais je sais que, même en arrêt de travail ou en congé, je ne voyagerais pas. Un peu par considération morale; je ne pourrais pas me regarder dans le miroir et me justifier, même si c’est légal. Aussi en raison de la gêne. Ben oui, j’ai un peu triché dans le temps des Fêtes (comme 50 % des gens, selon les sondages) et j’avais peur de regarder le monde dans les yeux. Et je n’ai pas tenu le party du siècle non plus, mais j’ai quand même rangé ma voiture dans le garage pour rece- voir un membre de ma famille. Mais les chiffres n’ont pas bougé dans mon coin de pays, alors je me convaincs que l’honneur est sauf. Mais c’est comme baiser sans condom et être content de ne pas avoir choppé une ITSS. C’est tant mieux, mais ce n’était pas brillant quand même.
Avec les soins intensifs presque saturés et à l’aube d’un reconfi- nement total, je peux comprendre l’exaspération du public lorsque le journal La Presse nous a appris que les voyageurs auront droit à un chèque du gouvernement pour rester en quarantaine. Quand je vois les ti-counes qui, non seulement voyagent, mais nous font la morale et nous traitent de moutons, j’avoue que le vase commence à déborder. Le 1000 $ de mise en quarantaine, je sais qu’on peut le justifier et l’intellectualiser de mille et une façons. Et même si le montant ne sera finalement pas donné, la possibilité a été comme la goutte de trop. Si j’étais infirmier ou médecin, je pense que je prendrais moi-même l’avion pour aller botter quelques culs sur les plages.
Mais je me retiendrais sûrement à la fin. Question de décence.
Oui, je condamne un peu par jalousie. Mais c’est surtout pour une question de décence finalement.

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