13 septembre 2018
Débat sur fond d’enjeux agricoles
Par: Karine Guillet
Le président de l’UPA Vallée-du-Richelieu, Charles Boulerice, s’est dit très satisfait de l’exercice. Il observe que les questions de l’audience reflètent bien les préoccupations des membres de l’UPA. photo: Yann Canno

Le président de l’UPA Vallée-du-Richelieu, Charles Boulerice, s’est dit très satisfait de l’exercice. Il observe que les questions de l’audience reflètent bien les préoccupations des membres de l’UPA. photo: Yann Canno

Les candidats aux élections provinciales de Borduas ont croisé le fer lors d’un premier débat organisé par l’Union des producteurs agricoles de la Vallée-du-Richelieu au cours duquel la gestion de l’offre et la fiscalité municipale ont été au cœur des échanges.

L’UPA avait invité les candidats des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale provenant des circonscriptions de Borduas et de Chambly. Dans Borduas, Simon Jolin-Barrette (Coalition avenir Québec), Cédric Gagnon Ducharme (Parti québécois) et Annie Desharnais (Québec solidaire) ont répondu à l’appel alors que seul Jean-François Roberge (CAQ) représentait Chambly. Le candidat du Parti libéral du Québec, Martin Nichols, était pour sa part absent.
Le candidat du Parti québécois, Cédric Gagnon-Ducharme, a profité du débat pour rappeler l’engagement de son parti envers l’agriculture à plusieurs reprises, notamment avec la politique de souveraineté alimentaire qu’il avait lancée en 2014. Les députés sortants de la CAQ ont dû défendre leur parti à quelques reprises des flèches lancées par le candidat péquiste, notamment concernant les liens qui unissaient la CAQ à Charles Sirois, PDG de la société d’investissement agricole Pangea, qui achète des terres agricoles et s’associe aux agriculteurs. À une seule occasion, les deux caquistes ont toutefois rappelé n’avoir pas de leçon à recevoir, alors que le PQ avait appuyé l’Accord économique global qui a heurté les producteurs laitiers.
La candidate de Québec solidaire, qui avait manifesté d’entrée de jeu son désir d’en apprendre davantage, s’est pour sa part passé de son droit de réplique à quelques reprises, mais a aussi offert aux agriculteurs qui la questionnaient de leur revenir avec une réponse.

Fiscalité foncière
D’entrée de jeu, l’UPA a choisi de questionner les candidats sur la fiscalité foncière agricole, rappelant que les taxes nettes payées par les agriculteurs sont passées de 35,7 M$ à 65 M$ en dix ans en Montérégie. L’UPA demande depuis des années de mettre en place des mesures pour freiner le fardeau fiscal des fermes, réclamant notamment un déplafonnement du programme de crédit de taxes foncières agricoles (PCTFA), d’imposer un taux de taxation distinct pour les terres agricoles et de limiter la valeur des terres à 20 000 $ l’hectare. Les quatre candidats ont reconnu que le système actuel n’est pas soutenable pour les producteursagricoles.
La CAQ et le PQ ont tous deux dit vouloir travailler avec les producteurs agricoles et les municipalités pour régler le problème. «Ça ne peut pas être imposé unilatéralement. Je pense que l’expérience a démontré que lorsqu’on impose une réforme fiscale unilatérale, ça ne fonctionne pas», croit Simon Jolin-Barrette, qui veut régler l’enjeu dans un premier mandat. Les deux partis se sont aussi dits en faveur d’un déplafonnement du PCTFA, mais seul Cédric Gagnon-Ducharme s’est engagé à le faire dès 2019.
Mme Desharnais a pour sa part proposé un nouveau régime fiscal à deux paliers basé d’une part sur le revenu et d’autre part sur l’usage du bâtiment, alors que les résidences secondaires seront par exemple davantage taxées. L’argent serait redistribué dans les municipalités selon certains critères. QS prévoit faire cette réforme assez rapidement pour éviter d’avoir à mettre en place des mesures transitoires. «Notre but est justement de diminuer la pression financière sur la production agricole. Ils auraient donc moins de taxes à payer», croit-elle.

Gestion de l’offre
La menace qui plane sur la gestion de l’offre (qui prévient la fluctuation de prix en régissant la production de lait, d’œufs et de volaille) en raison de la renégociation de l’ALENA a également suscité des questionnements. À ce chapitre, les candidats se sont tous dits en faveur de la protection de la gestion de l’offre et ont appelé à ne pas plier devant les Américains. Annie Desharnais s’est toutefois dite en faveur d’ajouter des hors-quotas, la quantité que l’on peut produire même sans acheter de quota, pour des petites productions secondaires.

Compétitivité
Un producteur a aussi déploré la compétition déloyale que vivent les agriculteurs envers les produits étrangers, qui ne sont pas soumis aux mêmes règles que les normes canadiennes plus sévères.
À ce chapitre, Jean-François Roberge croit que la province doit utiliser Ottawa comme levier pour faire «pression sur un bully comme Donald Trump».
«Les règles auxquelles on astreint nos producteurs locaux doivent s’appliquer intégralement de la même façon aux producteurs étrangers pour favoriser l’achat local», a plaidé Cédric Gagnon-Ducharme, rappelant que son parti propose la création d’une brigade d’inspection des aliments importés pour s’assurer de leur conformité et un retour de la marque Aliments Québec.
Québec solidaire propose la création d’une loi imposant les mêmes standards de qualité pour les aliments de l’étranger et un étiquetage pour OGM et les produits locaux.

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