3 août 2018
30 000 km en vélo
De Belœil jusqu’aux limites de l’Antarctique
Par: Denis Bélanger

Le couple prenant un égoportrait devant le Machu Picchu. 

Normand Pion sur une route de la Colombie.

Normand Pion et Hélène Giguère, à Ushuaia, en Argentine. Photos : Gracieuseté

Normand Pion et Hélène Giguère reviennent au pays après un voyage de près de deux ans en tandem à vélo. Un périple de 30 000 km qui a débuté à Belœil et les a amenés jusqu’à Ushuaia, ville la  plus australe au monde en Argentine.

L’idée du voyage est née quasiment deux ans avant. Le couple avait fait un voyage aux États-Unis et son parcours s’était arrêté en Oregon. Son retour avait été précipité, après une blessure à la clavicule subie par Mme Giguère. Ayant beaucoup aimé les Rocheuses américaines, ils étaient déterminés à retourner dans l’ouest du continent et se sont mis en mode planification.

Avant de partir, ils ont vendu leur maison de Belœil et Hélène Giguère a quitté son emploi. Ils n’amenaient avec eux que le tandem et 70 kg de matériel. Pour l’hébergement, ils avaient loué des campings, des hôtels ainsi que des visites chez des membres de Warm Showers, un système d’échange gratuit d’hébergement entre cyclorandonneurs à travers le monde.

Ils sont partis le 12 juillet 2016. Après quelques kilomètres à vélo au Québec, ils se sont envolés vers l’Alberta pour découvrir le côté canadien des Rocheuses. Ils ont atteint par la suite la Colombie-Britannique avant de descendre la côte ouest américaine. Ils ont poursuivi leur route au Mexique, en Amérique Centrale et Amérique du Sud. Le dernier pays visité a été le Brésil.

«Nous avions prévu faire plus de kilomètres. La motivation première pour ce genre de voyage est que le plaisir soit au rendez-vous. Quand la fatigue ou la lassitude s’installait, on prenait une pause. Notre plan était de pédaler quatre ou cinq jours, puis prendre une pause pendant deux jours. Nous prenions aussi une semaine complète de vacances aux trois mois. Mais c’était flexible, confie Normand Pion. On ne voulait pas avoir de pression et on n’avait pas acheté immédiatement de billet de retour. On s’était dit qu’on voulait faire deux ans, mais on aurait pu très bien arrêter après six mois si la météo n’était pas au rendez-vous ou l’inconfort de la route était trop grand.»

Plusieurs belles découvertes, peu de déception
Parmi les nombreux pays visités par le couple, c’est le Brésil qui s’est avéré la plus belle surprise. «On ne s’attendait pas à ce que le pays soit aussi extraordinaire. Oui, il y a des bidonvilles; mais à côté, tu as des villes et paysages magnifiques et une chaleur humaine fabuleuse», raconte M. Pion.

Ce dernier et sa conjointe ont eu l’occasion de vivre la frénésie de la Coupe du monde de soccer. «Quand il y a une partie, la moitié des commerçants sont fermés. Dans ceux qui restent ouverts, on y retrouve une télé géante. Les vendeurs et employés te répondent et disent bonjour sans tourner la tête. Quand le Brésil compte un but, c’est comme si le Canadien remportait une Coupe Stanley à Montréal. Toute l’Amérique du Sud vibre au soccer. Nous étions à Lima quand le Pérou jouait contre l’Argentine dans le cadre des qualifications du mondial. Le soccer est un sport qui réunit le peuple de classes sociales différentes.»

Un des chocs culturels les plus grands aura été en Argentine. «Ça soupe super tard. Les restaurants n’ouvrent qu’à 21h. Quand tu arrives dans le resto à cette heure-là, tu es le premier arrivé. Les chaises sont encore sur les tables. Tu ne reçois le menu qu’une demi-heure plus tard et tu te fais servir vers 22h. Nous sortions de table vers minuit», raconte Hélène Giguère.

Ils ont dû faire une croix sur le Venezuela, où les gens fuient en raison de conflits internes. «Tout le monde en Amérique du Sud a peur de son voisin, car ils se fient aux images qu’ils voient à la télé, souligne Normand Pion. Au Venezuela, que j’aurais bien aimé visiter, c’est moins bon signe quand les gens du pays le quittent.»

La vie normale attendra
Le couple est revenu au pays le 26 juin dernier et était bien heureux de retrouver leurs enfants, qui devaient rejoindre leurs parents au Pérou à Machu Picchu, mais ils ont dû finalement abandonner ce projet. «L’éloignement des proches et des enfants a été difficile, mais nous avons pu garder une certaine proximité grâce à internet. Nous nous parlions souvent», reconnaît M. Pion.

Normand Pion et Hélène Giguère veulent attendre avant de reprendre leur vie «normale», soit de se trouver un emploi, dans le cas d’Hélène, et un domicile fixe. Au moment de l’entretien avec L’Œil Régional, ils planifiaient remonter cet été sur leur tandem pour parcourir les routes du Québec et voir leurs amis.

«Nous avons tellement de monde à voir. Si on s’installe trop vite, on n’aura pas le temps de voir beaucoup de personnes, ça va se faire à temps perdu et va prendre deux ans avant qu’on ait fait le tour. Nous avons besoin de nous concentrer sur les gens qu’on aime», renchérit M. Pion.

Chose certaine, le couple ne manque pas d’ambition et d’idées pour repartir éventuellement à l’étranger et découvrir des pays à dos de vélo. L’Europe risque fortement d’être sa prochaine destination.

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