9 janvier 2019
Profession : cascadeuse
De Belœil à Hollywood
Par: L'Oeil Régional
Marie-Ève Beckers avec Milla Jovovich
Photo Gracieuseté

Marie-Ève Beckers avec Milla Jovovich Photo Gracieuseté

Avec l’acteur Henry Cavill pour le film Les immortels. Photo gracieuseté

Avec l’acteur Henry Cavill pour le film Les immortels. Photo gracieuseté

Marie-Ève Beckers  avec Jemima West, sur le plateau du film La cité des ténèbres. Photo gracieuseté

Marie-Ève Beckers avec Jemima West, sur le plateau du film La cité des ténèbres. Photo gracieuseté

Marie-Ève Beckers
Photo Gracieuseté

Marie-Ève Beckers Photo Gracieuseté

Se faire frapper par une voiture, recevoir un coup de poing, sauter de trois étages : les journées de travail de Marie-Ève Beckers se suivent, mais ne se ressemblent pas! La championne mondiale en karaté se spécialise comme cascadeuse professionnelle depuis une dizaine d’années.

Un texte de Fadwa Lapierre

La jeune femme est connue dans la région pour son Centre Karaté Sunfuki, d’arts martiaux et de mise en forme à Belœil, mais le monde entier l’a vue faire des pirouettes dans les plus grandes productions comme X-Men, Resident Evil ou, plus près de chez nous, dans 19-2.
« J’ai toujours su au fond de moi que c’était ce que je voulais faire. Enfant, j’avais une fascination pour les Power Rangers, raconte-t-elle en riant. J’ai beaucoup aimé pratiquer le kata musical, un karaté chorégraphique extrême. Je suis même allée à l’école de théâtre. J’ai persévéré pour vivre mon rêve. Sur un plateau, je retrouve la même adrénaline qu’en compétition. Il faut que tu performes au maximum. »
Jean Frenette, figure emblématique de l’univers des cascades au Québec, l’a prise sous son aile. L’apprentissage se fait sur le terrain; techniques de combat, comportement à avoir sur un plateau, prises de vues des caméras, réactions devant du feu, des couteaux et plus encore!

Travailler avec le danger
Marie-Ève Beckers avoue que son métier est dangereux et que les blessures font partie du jeu. « Tu dois être prête à tout, on ne sait jamais ce que le réalisateur va nous demander. Un tournage évolue très rapidement. L’entraînement est primordial; si les muscles ne sont pas réchauffés, le risque de blessures est très élevé. On est des athlètes professionnels, on pratique les scènes des dizaines de fois. Tout est calculé pour un encadrement sécuritaire. J’ai rarement vu quelque chose qui n’a aucun bon sens, mais parfois ça ne fonctionne pas comme prévu. »
La cascadeuse a déjà subi une importante commotion cérébrale. Plus elle vieillit, plus elle tente d’apprendre à ne pas trop dépasser ses limites. L’ordre hiérarchique des cascadeurs est semblable à celui du karaté, on respecte beaucoup les plus expérimentés. Certains deviennent par la suite coordonnateurs de cascades, une avenue qui l’intéresse.

Cascades au féminin
Marie-Ève Beckers travaille principalement à Toronto. Question de budget, les productions américaines font plus souvent appel aux cascadeurs que les productions d’ici. Elle se représente elle-même et le bouche-à-oreille est sa meilleure publicité.
Avec son gabarit de 5 pieds 3 pouces, la spécialiste des arts martiaux peut incarner plusieurs actrices. C’est un travail de coopération. « Je les représente à la caméra devant le monde entier. Tu n’as pas le choix de développer une belle relation, précise-t-elle. On élabore les scènes de combat, on apprend la chorégraphie ensemble et on pratique toute la journée. Il faut aimer le travail de l’ombre, mais savoir performer quand les projecteurs sont sur nous. »
Selon elle, les femmes cascadeuses ont plusieurs opportunités au niveau du doublage, car les actrices n’ont parfois pas envie de prendre le risque de se faire frapper, de sauter une clôture ou de simplement courir dans le froid. On fait affaire avec une doublure au cas. Les contrats pour les séries télévisées garantissent du travail sur du long terme. « On apprend à marcher comme l’actrice, à bouger comme elle, explique la casse-cou. Quand les gens ne me reconnaissent pas, c’est que j’ai fait une bonne job! »
Le travail manque toutefois au niveau des certains rôles génériques dans les scénarios qui sont souvent attribués aux hommes comme lors des altercations de gangs de rues, descentes de police, etc.
La copropriétaire du Centre proactif Karaté Sunfuki collabore aussi avec différents jeux vidéo comme Assassin’s Creed et Batman, où elle incarne des personnages en cinématique pour simuler les combats. Les projets demeurent extrêmement confidentiels tant que le film ou le jeu n’est pas public.
Marie-Ève Beckers déplore le manque de reconnaissance envers sa discipline. « Dans les galas comme les Oscars, il n’y a aucun prix pour les cascadeurs. Pourtant, lorsqu’on y pense, c’est grâce à eux que les mégaproductions comme Mission impossible ou Rapides et dangereux voient le jour. Ils ne reçoivent aucun mérite. »
Lorsqu’on lui demande si elle se sent menacée par la technologie des effets visuels, elle consent que le sujet préoccupe dans l’industrie, mais elle croit qu’on aura toujours besoin de références humaines pour plus de réalisme. Ouvrez l’œil, vous risquez de la voir sur grand écran prochainement!

image