21 novembre 2018
Dans les coulisses de la transformation
Par: Denis Bélanger

Sylvain Berthiaume et Sylvain Trépanier.

Le réservoir tampon d’alimentation du digesteur. Derrière ce réservoir, nous avons deux tours de dessablage. Photo: Robert Gosselin

L’expression «les déchets des uns sont les trésors des autres» colle parfaitement à nos nombreux restants de tables. Les trognons de pommes, pelures de bananes et coquilles d’œufs pour n’en nommer que quelques-uns feront le bonheur, une fois transformés, des producteurs d’énergie, des agriculteurs et des producteurs d’engrais chimiques. L’Œil Régional a pu voir comment les matières organiques de la région étaient valorisées lors de sa visite de l’usine de traitement par biométhanisation de la Société d’économie mixte de l’est de la Couronne Sud (SÉMECS) située à Varennes.

Une fois arrivée à l’usine, la matière organique  est dirigée dans un triturateur, pour notamment séparer les contaminants et la matière à transformer. La matière fait l’objet d’un second tri à l’étape du polissage. Après ce procédé, les matières vont dans le digesteur. C’est à partir de ces machines qu’on extrait le biogaz et le digestat, mais le processus de transformation se poursuit après l’étape de digestat. «L’usine est comme un corps humain. Elle mange, elle digère et après va à la salle de bain», image Sylvain Trépanier, un des actionnaires du partenaire privé de la SÉMECS.

Trois produits résultent des opérations de l’usine qui sont vendues à l’extérieur. Le premier est le gaz (biométhane) vendu à Greenfield Global, chef de file en production d’énergie, qui est situé de l’autre côté de la rue, devant l’usine. Selon M. Trépanier, on obtient 70 mètres cubes de gaz par tonne de matière organique. Présentement, le gaz est torché, car on a reçu l’assécheur à gaz seulement cet automne. «On ne le vend pas à Gaz Metro (maintenant Energir) parce qu’il aurait fallu l’épurer davantage et ça aurait pris des équipements nécessitant un investissement de 6 M$. Greenfield nous offrait un prix comparable à celui de Gaz Metro», explique le directeur général par intérim de la SÉMECS, Sylvain Berthiaume.

Le second produit est le digestat, utilisé sur les terres agricoles. Le troisième est le sulfate d’ammonium, qui est extrait lors du traitement des eaux de procédés. La matière peut être achetée par des producteurs d’engrais chimiques.

À propos de la SÉMECS
La SÉMECS est la réponse qui se voulait la plus économique de plusieurs municipalités de la Couronne de Montréal aux objectifs gouvernementaux fixés en 2010 qui sont de bannir l’enfouissement des matières organiques dès 2022. Les MRC de la Vallée-du-Richelieu, de Marguerite-D’Youville et de Rouville se sont unies pour devenir actionnaires au deux tiers de l’entité qu’est devenue la SÉMECS. L’autre tiers des actions appartient à Biogaz EG, une entreprise détenue à parts égales entre Greenfield Global, spécialisée en production d’éthanol, et le Groupe Valorrr, qui est propriétaire d’une plate-forme de compostage à Portneuf. Le consortium a été choisi à la suite d’un appel de candidatures.

Selon Sylvain Berthiaume, qui est également directeur-général de la MRC de Marguerite-D’Youville, la biométhanisation a été retenue au lieu d’une plateforme de compostage en raison des contraintes du voisinage. «Pour le compostage, ça prend un rayon de 1 km sans aucune habitation autour et doit être placé en zone blanche. Il n’en reste plus vraiment de ces zones. Nous nous sommes rapidement tournés de bord pour aller vers la biométhanisation.»

Les collectes municipales desservent une population de 245 000 personnes. L’usine a une capacité de production de 40 000 tonnes ; elle compte aussi des clients industriels et traite également des boues de fosses septiques. Le président du conseil d’administration est le maire de Varennes, Martin Damphousse. «Pour faciliter l’acceptabilité sociale, nous tenions à ce que le président de l’entité soit le maire du lieu accueillant l’usine», précise M. Berthiaume. C’est le maire de Saint-Charles-sur-Richelieu, Marc Lavigne, qui occupe le poste de vice-président du conseil d’administration en tant que représentant de la Vallée-du-Richelieu.

Des citoyens disciplinés
Selon Sylvain Berthiaume, les utilisateurs de l’Organibac sont bien disciplinés et ne mettent pas trop de matières interdites dans le bac brun. Évidemment, on y retrouve encore des objets inusités comme des roches et des pneus.

Le gestionnaire a de plus profité de la visite médiatique pour expliquer les différentes subtilités de la collecte des matières organiques. Si les contenants de plastiques et de cartons vides sont destinés au bac de recyclage, le bac brun peut accueillir un pot de plastique contenant du fromage périmé, par exemple.
L’autre plastique permis est celui des couches de bébés. «Nos équipements nous permettent de retirer rapidement ce genre de matière. On les récupère, car le but de la collecte des matières organiques est d’enlever du bac à ordures tout ce qui est odorant. La seule chose qui restait d’odorant, dans le bac brun, était les couches de bébés. On a décidé d’accommoder le citoyen.»

Les couches pour adultes sont toutefois interdites en raison des traces de médicaments qui pourraient détruire les bactéries cultivées à l’usine et pourraient être radioactives si l’utilisateur a reçu des traitements de chimiothérapie. Aussi, les choses naturelles ne peuvent pas toutes être récupérées, comme les coquilles d’huitres ou de moules, les troncs d’arbres, les feuilles, les branches et la terre. Mais les résidus de jardinage, les fleurs et les plantes sont acceptés.

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