4 octobre 2019
Daniel Talbot entre chez les « immortels » du sport
Par: Denis Bélanger

Daniel Talbot

Quelques honneurs et trophées que Daniel Talbot a décrochés pendant sa carrière. Photo Luc Giard | L’Œil Régional ©

Daniel Talbot tenant la statuette confirmant son intronisation au Panthéon des sports du Québec. Photo Luc Giard | L’Œil Régional ©

Le golfeur originaire de Belœil Daniel Talbot occupera toujours une place importante pour son sport dans la belle province ainsi que dans tout le paysage sportif québécois. La semaine dernière, il a été intronisé au Panthéon des sports du Québec, quelques mois après avoir vu son nom être ajouté au Temple de la renommée du golf du Québec.

L’homme de 66 ans demeurant maintenant à Saint-Basile-le-Grand a été admis chez les grands aux côtés entre autres de l’ancien gardien de but Bernard Parent, le boxeur Fernand Marcotte ainsi que l’ancien joueur de tennis et ancien haut dirigeant de Tennis Canada Richard Legendre. « C’est quelque chose comme cérémonie, il y avait beaucoup de monde, raconte Daniel Talbot. Je mets cet honneur et celui du Temple de la renommée au même niveau, car ils s’adressent au même marché. »

Talbot a commencé à jouer au golf à un très jeune âge. À la fin des années 1960, il se distinguait dans les compétitions au niveau juvénile. Il devient professionnel en 1972, à l’âge de 19 ans. Il a gagné plusieurs titres au championnat des golfeurs du Québec, à l’Omnium du Québec ainsi que sur le circuit de la PGA du Québec.

M. Talbot a aussi participé neuf fois à l’Omnium du Canada et il a évité le couperet trois fois. Il a notamment été de l’édition de 1997, qui s’était tenue à L’Île-Bizard, dans la grande région de Montréal. Cette compétition avait été marquée par l’inscription de Tiger Woods .

Le golfeur a aussi participé à plusieurs tournois sur la scène internationale. « J’ai accompli beaucoup. C’est certain que j’aurais aimé percer le circuit américain. Ça aurait été une autre ball game comme on dit. J’aurais sûrement dû déménager. »

L’un des faits d’armes dont il est le plus fier est sa deuxième place obtenue au Championnat du Canada en 1981 (Classique internationale Labatt), tenu à Kitchener en Ontario. L’exploit est grand vu la qualité des golfeurs présents. Le légendaire Raymond Floyd était le meneur chez les boursiers. Le champion de l’Omnium des États-Unis de 1981, David Graham, ainsi qu’Arnold Palmer, une autre grande légende du golf, étaient aussi présents.

« Le deuxième jour, je jouais avec Palmer et c’était diffusé à la télévision. J’ai fait un trou d’un coup. Ça m’a fait connaître beaucoup. Le lundi matin, je travaillais au club de golf à Candiac. Il y a un client qui s’apprête à payer, me regarde et s’aperçoit que je suis le type qu’il a vu à la télévision. Il se demandait ce que je faisais là. Je lui ai dit que je devais travailler. »

Daniel Talbot donne encore aujourd’hui des cours de golf un peu partout dans la région métropolitaine, mais essentiellement à Montréal et à Saint-Hubert.

En mode survie
En tournoi, Talbot se disait en mode survie. Il vivait et périssait en compétition avec son style agressif. N’étant pas le plus doué avec ses coups roulés, il se devait de prendre des coups risqués pour se sortir du trouble et maintenir ses chances de gagner. « Je disais à mon caddy, on va le faire en 4 ou en 12 coups. »
Quand il disputait une compétition sur un terrain inconnu, il allait souvent marcher sur le terrain pour notamment calculer les pentes de chaque trou. Il amenait avec lui un petit calepin pour prendre des notes et dessiner brièvement chaque trou. Il a conservé ses cahiers. « Évidemment, sur le circuit américain, il te donne les carnets avec le dessin de chaque trou. »

Le golfeur ne jouait que sur des terrains où il participait à un tournoi. Il se devait d’avoir un but. Il a eu l’occasion de jouer au Club de golf de Belœil. Il estime toutefois qu’il n’a jamais bien joué à la maison. « C’est difficile de jouer chez soi. La promotion est toujours faite autour des têtes d’affiche locales. Tu n’as pas le même temps de préparation à donner qu’à l’habitude à cause des entrevues. »

Talbot a toujours aimé le golf pour son côté individualiste. « Si tu joues bien, c’est grâce à toi seulement. Si tu joues mal, c’est entièrement de ta faute. Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise avec ce type de contexte. Moi, ça me convenait parfaitement. »

La vie après le golf

Les deux honneurs reçus cette année témoignent évidemment d’une très belle carrière pour Daniel Talbot. Ce dernier ne regrette toutefois pas les années où il frappait des balles sans arrêt et participait à de multiples tournois.

D’ailleurs, il a joué seulement quelques parties de golf cet été. Il est prêt à passer à d’autres passe-temps, comme faire de la moto ou s’acheter un bateau. Il joue aussi au hockey deux fois par semaine. Il appréhende toutefois le début de la prochaine saison en raison de son manque de préparation cet été.

L’intronisation de Daniel Talbot au Panthéon a même amené l’athlète à réfléchir à ce qui l’avait poussé vers le golf et les sacrifices qu’il avait faits pour offrir de solides performances. « À l’époque, ça ne me paraissait pas comme des sacrifices. Mais quand tu t’empêches de faire quelque chose parce que tu as un but, ce sont des sacrifices. Oui, j’ai eu du succès, mais il y a des choses qui m’ont frustré. Je ne pouvais pas, par exemple, partir un week-end pour aller faire du bateau. Si je ne pratiquais pas pendant trois jours, les autres joueurs pratiquaient et s’amélioraient. J’étais mal à l’aise chaque fois que je faisais autre chose que de jouer au golf ou de frapper des balles. »

En parlant de sacrifices, il a arrêté sa carrière internationale en 1987, car ça devenait très dispendieux de pratiquer son sport. « Ça me coutait cher d’aller faire des tournois à l’extérieur. Il fallait notamment payer aussi deux voitures et l’hypothèque. Ça devenait trop. »

Le passionné de golf admet qu’il aurait eu une carrière beaucoup plus payante s’il avait joué au pays de l’oncle Sam. Mais il s’estime chanceux d’avoir pu gagner sa vie en faisant quelque chose qu’il aime.
Daniel Talbot demeure zen et lucide quand il parle des embûches qu’il a rencontrées dans sa vie. À la question « que demander de mieux après ces deux reconnaissances », il répond la santé. Talbot a été affligé ces dernières années par plusieurs cancers de la peau. « Ce n’est pas dangereux pour la vie quand tu le traites, soutient-il. La santé est relativement bonne; quand on se compare, on se console. »

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