12 septembre 2018
Courage
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Annie Desharnais m’a téléphoné en après-midi, lundi, quelques heures avant le débat. Nous devions éclaircir ensemble quelques points concernant ses propositions pour le milieu de l’éducation. Avant de raccrocher, la candidate de Québec solidaire m’a admis être très nerveuse à cause du débat.

Juste avant de monter sur la scène du Centre culturel de la Pointe-Valaine, j’ai salué tous les candidats pour leur souhaiter bonne chance. J’ai demandé à Annie si elle était moins nerveuse. Elle m’a fait un grand sourire, probablement le même qu’elle affiche aux élèves qu’elle reçoit en orthophonie, puis elle m’a répondu «non».
Elle s’est bien débrouillée pour une première fois. Surtout, elle a été aussi courageuse que ses idées solidaires.
Martin Nichols a bafouillé quelques fois en présentant ses propositions. On le sentait nerveux. Il avait la tâche la plus ingrate: défendre le bilan des libéraux. Lundi soir, on ne voulait pas entendre ses idées. La foule a été clémente, mais peu réceptive.
De son propre aveu, M. Nichols s’est dit le candidat le moins préparé. M. Nichols s’est aussi impliqué dans sa commission scolaire. C’est un homme de conviction, ça se sent, mais c’est sa première incursion dans la politique provinciale. Résident de La Présentation, M. Nichols s’est porté candidat pour le Parti libéral très tard dans la campagne, alors qu’il connaît à peine les enjeux locaux. Et surtout, dans une circonscription qui tend rarement la main aux libéraux. Mais l’agriculteur de métier a fait preuve de courage en se présentant avec ses conviction sur la scène. Bravo!
On a bien ri de Cédric Gagnon-Ducharme cette semaine dans Le Journal de Montréal pour ses statuts Facebook un peu… imbus de lui-même. Mais M. G.-Ducharme n’avait rien de ridicule lundi soir. Droit, fier, confrontant, il était en maîtrise de ses dossiers, solide dans ses idées et convaincu de son idéal d’un Québec indépendant. Un peu guerrier aussi, décochant quelques flèches à ses adversaires. Mais bon, la politique n’est-elle pas une arène?
Il s’est senti obligé de reconnaître le travail du député sortant Simon Jolin-Barrette, mais les fleurs étaient toujours suivies par le pot. Une performance solide, même si son parti politique traîne de la patte dans les sondages. Eh oui, vous me voyez venir; ça prend du courage pour se lancer même si on part loin derrière, après la défaite de son parti.
Simon Jolin-Barrette était peut-être un peu plus dans son élément. Les sondages lui donnent une avance, des élus de la région l’appuient, son parti va bien et son bilan des quatre dernières années n’a rien de gênant. Il a déposé plusieurs projets de loi et ses propositions ont parfois été reprises par les autres partis. Habitué de se lever à l’Assemblée nationale pour confronter ses pairs et d’intervenir dans les médias, le candidat de la CAQ était en confiance. Il avait le sourire facile.
Je me souviens de lui, le soir des élections en 2014, lorsqu’il a remporté le siège dans Borduas, avec seulement 99 voix d’écart devant le péquiste Pierre Duchesne. Son regard laissait transparaitre de la peur, de la crainte. Je me souviens, il n’était pas à l’aise devant les photos. Pensait-il même gagner ici, dans ce fief péquiste?
Quatre ans plus tard, le courage a fait place à la confiance.
Les quatre candidats ont pris la peine de saluer le courage de leurs pairs avant de commencer le débat, puis ils se sont félicités en conclusion de soirée. Je voulais consacrer ces quelques lignes à ses hommes et femmes qui me font respecter la politique malgré le cynisme. Bravo. Et courage!

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