10 avril 2019
Cinq artistes demandent « Pourquoi tuer la nature? »
Par: Olivier Dénommée
Jocelyn Fiset, Réal Calder et André Michel tentent à travers leur art de sensibiliser la population aux dangers de négliger la nature. Les œuvres de Nipatau la nature?  seront exposées à La Maison amérindienne jusqu’au 9 juin. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Jocelyn Fiset, Réal Calder et André Michel tentent à travers leur art de sensibiliser la population aux dangers de négliger la nature. Les œuvres de Nipatau la nature? seront exposées à La Maison amérindienne jusqu’au 9 juin. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Désirant envoyer un message fort auprès de la population et des décideurs, le conseil d’administration de La Maison amérindienne a approché cinq artistes pour créer l’exposition Nipatau la nature? (Pourquoi tuer la nature?), où l’on fait la promotion de la protection du Parc de l’érablière de Mont-Saint-Hilaire. L’inauguration à la Maison amérindienne aura lieu le 14 avril.

Les Hilairemontais Réal Calder, Jocelyn Fiset et André Michel et deux artistes invités ont tous créé des œuvres voulant sensibiliser les visiteurs aux dangers de certaines activités humaines nocives pour des lieux comme le Parc de l’érablière, une forêt en milieu urbain particulièrement vulnérable. « On a tous des démarches différentes au niveau de la création, mais on se rejoint dans la notion qu’il faut s’impliquer pour protéger la nature. On ne s’est pas concertés pour décider de ce qu’on ferait pour l’exposition, mais ça a donné un résultat très intéressant », explique Réal Calder en parlant de Jocelyn Fiset et d’André Michel, un trio d’artistes qui ont souvent travaillé ensemble ces dernières années. À cette équipe s’ajoutent René Deroin et Jacques Néwashish qui signent chacun une œuvre. « Jacques Néwashish est un autochtone attikamek très connu au Québec. C’était important d’avoir le point de vue d’un autochtone pour l’exposition, d’autant plus que tout a une vie pour eux », précise André Michel.

Messages forts
Les trois artistes rencontrés ont décrit la démarche derrière leur création. « Normalement, je crée des paysages où il n’y a aucune trace humaine, mais là, j’ai introduit un panier d’épicerie renversé, une référence à l’activité humaine et à des déchets et le symbole que c’est la nature qui nous nourrit », raconte Réal Calder au sujet de sa toile grand format. De son côté, Jocelyn Fiset a réalisé deux dessins éphémères avec du ruban adhésif isolant, un matériau qu’il utilise depuis une dizaine d’années dans ses créations un peu partout dans le monde. « Ça fait longtemps que je dénonce les problèmes de surconsommation et notre tendance à vouloir créer à l’infini sur une planète qui a des ressources limitées », déplore-t-il à travers ses œuvres. Quant à André Michel, il a illustré des arbres à travers les différentes saisons, mais certains sont complètement blancs : ils représentent les arbres qui sont disparus à cause de l’activité humaine.
Sous cette série d’œuvres se trouvent des déchets trouvés dans le Parc de l’érablière. « Pendant des semaines, on a récolté des cochonneries trouvées sur place. On avait tellement de choix qu’on a fait une sélection », lance M. Michel. Il précise toutefois que, si beaucoup d’excréments de chiens ont été ramassés sur le site, ce ne sont que des reproductions qui sont utilisées dans l’exposition, question d’hygiène. « On présentera le 14 avril une galerie de centaines de photos de gens qui laissent leurs chiens faire leurs besoins dans l’érablière… Il faut rappeler que c’est un endroit où 10 000 enfants se rendent chaque année », poursuit M. Michel, découragé de voir que l’endroit est considéré par plusieurs comme un parc à chien.

La science s’en mêle
André Michel a été jusqu’à approcher Dominic Champagne, cet homme de théâtre plus connu du grand public pour être l’instigateur du Pacte pour la transition, pour lui proposer d’être le président d’honneur de cette exposition. « Il n’a pas hésité à s’associer à nous et sera présent à notre inauguration », confirme-t-il. Mais ce n’est pas tout : un comité scientifique formé de biologistes et présidé par Pierre Bourque déposera aussi son rapport sur l’état de l’érablière et sur les mesures jugées nécessaires pour la préserver. « La recommandation principale du rapport, c’est de la clôturer », mentionne M. Michel, qui a réussi à emprunter une clôture à la Ville de Belœil – Mont-Saint-Hilaire n’aurait jamais accepté selon lui – pour insister sur l’importance de cette recommandation pour préserver l’érablière.
L’activité du dimanche 14 avril permettra aussi de visionner en première québécoise le court-métrage Tout faire pour ceux qu’on aime de la réalisatrice Louise Marie Beauchamp, un petit film sans paroles dont le sujet collait parfaitement au thème de l’activité. Jocelyn Fiset devrait aussi créer des œuvres sur place après avoir joué à l’homme-sandwich près du IGA de Mont-Saint-Hilaire sur l’heure du midi afin de promouvoir l’activité débutant à 14 h.
Les artistes espèrent surtout être en mesure de convaincre la population d’ici et d’ailleurs de l’importance de protéger l’environnement, et plus particulièrement des lieux comme le Parc de l’érablière. Une pétition demandant que le lieu soit classé comme réserve naturelle protégée peut d’ailleurs être signée sur place. Quelques centaines de personnes l’ont déjà appuyée.

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