24 janvier 2020
Changer le monde
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

La manœuvre des conseillers Émile Grenon Gilbert, Louis Toner et Brigitte Minier à Mont-Saint-Hilaire a tout de l’anecdote à première vue. Les trois conseillers indépendants ont refusé d’adopter le paiement de la quote-part à la MRC de la Vallée-du-Richelieu.

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Habituellement, le vote d’une quote-part est une formalité administrative et les élus ne font qu’apposer leur signature au bas du document avant d’envoyer le chèque à l’organisme ou la régie.
Parfois, on peut retenir le chèque pour demander des éclaircissements. Mais je l’ai rarement vu ici.
Mais en retardant l’envoi du chèque, les trois élus de Mont-Saint-Hilaire ont voulu passer un message : la MRC n’en fait pas assez pour la transition énergétique et en matière d’environnement. Bien sûr, le maire Yves Corriveau a raison en ce sens que la manœuvre ne servira concrètement à rien. Le montant a déjà été établi et adopté. Le vote retarde seulement le moment du paiement.
Mais est-ce bien vrai? Hum, je pense qu’on envoie quand même un message. Rien de spectaculaire pour l’environnement, comme peut le faire un groupe comme Extinction Rébellion en bloquant un pont, par exemple. Mais le geste des trois élus forcera une discussion au sein de nos décideurs municipaux. C’est peut-être un petit geste qui mènera à une politique, à un amendement, à une réglementation. Ou juste à une prise de conscience. Peut-être que non, mais les trois élus prennent le pari que oui. Je pense que ça peut fonctionner. Pourquoi? Prenons un autre exemple.
La semaine dernière, des activistes anti-spécistes et véganes sont débarqués dans un restaurant pour scander des insultes à l’endroit des mangeurs de viande et du restaurateur.
J’ai moi-même une affinité de plus en plus grande avec l’idée du véganisme, mais quand ces activistes sont entrés dans le restaurant en gueulant, j’avais juste envie de prendre une bouchée d’un steak et de leur cracher en pleine face. Écœurer les gens ne servira pas leur cause.
D’un autre côté, nous avons un chef cuisinier et influenceur web comme Jean-Philipe Cyr. Avec humour, il investit tranquillement la sphère publique pour présenter son amour pour le véganisme à travers ses recettes. Il parle de son ancienne vie, celle de spécialiste en cuisson de viande; un métier qui a fini par l’écœurer. Il propose des recettes en se moquant du tofu, il donne le goût d’essayer de nouvelles choses. C’est d’ailleurs en l’écoutant que j’ai reconsidéré ma consommation quotidienne de viande. Mais si tu me traites de gros cave parce que je mange du poulet, c’est clair que je ne vais pas t’écouter.
À Tout le monde en parle, dimanche dernier, l’animateur a posé une question semblable à Steven Guilbeault. Qui est le plus efficace : le Steven Guilbeault activiste de Greenpeace qui grimpe au sommet d’un pont, ou le Steven Guilbeault ministre dans le gouvernement de Trudeau. Il n’a pas répondu directement, mais je me permets une réponse à sa place. Le gars qui grimpe dans le pont, c’est du marketing. Ça ne change pas la mentalité des gens. Mais le ministre, lui, peut voter des lois qui auront un impact réel.
Pour en revenir aux élus de Mont-Saint-Hilaire : je pense que cette petite manœuvre politique aura plus d’impact qu’on pense, parce que nous sommes ici dans la nuance et le changement graduel. Je suis de ceux qui pensent que devant les grands changements, l’humain a plutôt tendance à se braquer qu’à se remettre en question. À suivre.

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