18 septembre 2019
Caramel et bacon 
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Une gaufre au bacon avec un coulis de caramel. Sucrée et salée (et gras!). Le chef du Rococo est repassé me voir à la table pour solliciter mon appréciation de son déjeuner ultra cochon. À la vue de mon assiette, il trouvait que ça manquait de caramel; il est donc reparti en cuisine pour venir m’en reverser généreusement quelques cuillerées de plus.

J’ai parlé de cette gaufre à plein d’amis. Le Rococo a fermé ses portes cet été.
Une assemblée publique entourant le remplacement du bâtiment de l’ancien IGA sur la rue Guertin, dans le Vieux-Belœil, s’est tenue la semaine dernière à l’initiative de la Ville. Présent à titre de résident du secteur, le conseiller municipal Réginald Gagnon a pris la parole. « Vous vous rappelez du Rococo, qui est mort cet été? Et avant le Faste Fou? Dans cette bâtisse-là, à côté, combien de restaurants sont morts? Reculez jusqu’à L’Horoscope, l’Ostéria, la Galerie R qui étaient là. Le Mire-pois? »
Les boulangeries, la pâtisserie Gâte-toi, la crêperie, vendue selon lui ben en dessous de sa valeur. Ok, on comprend l’idée.
Réginald Gagnon est résident du quartier depuis 16 ans. Son propos mérite réflexion. Sa position n’est pas de débattre si la bâtisse abandonnée depuis 14 ans doit faire place au projet de condo mixte avec commercial tel que proposé par un promoteur. Non, pour lui, c’est le moment de marquer un temps d’arrêt et de se demander ce que nous voulons vraiment comme Vieux-Belœil.
« On a un quartier qui souffre, qui n’est pas en forme. Tout le monde te parle du Vieux-Belœil, me dit-il. Mais dès le 15 novembre, c’est désert. Les commerçants se lamentent, il n’y a plus de staff. L’hiver, il est réglé ton problème de stationnement », ironise-t-il.
Il parle de l’importance d’attirer des familles, des gens qui ne vont pas juste se pointer l’été pour profiter des terrasses. Est-ce que la construction du Carré Saint-Jean-Batiste de BBC et la transformation du IGA va suffire? C’est un bon début, pense-t-il. « On approche de 110 appartements. Si des familles viennent s’implanter ici, on peut recréer une effervescence et l’hiver, le Vieux-Belœil sera encore visité. » Si tu regardes sur Google, insiste-t-il, tu as un cimetière, un bar, des restaurants, mais presque pas de monde qui vit dans le quartier. Et deux dépanneurs qui auraient besoin de beaucoup d’amour.
« Je comprends les gens d’ici, c’est leur milieu de vie. Ils ont peur qu’on modifie leur quartier. Moi, je suis attaché à mon quartier et je n’aime pas plus les bouleversements, répond M. Gagnon. Mais on suggère d’avoir plus de commerces, même une épicerie fine. Mais c’est mal connaître le quartier qui est, essentiellement, très pauvre. »
Je parle d’embourgeoisement avec lui, cette idée de redynamiser un quartier populaire qui souvent attire les mieux nantis au détriment des résidents actuels, souvent éjectés du quartier. « On ne s’enligne pas pour des condos à 600 000 $, répond M. Gagnon. Ça va demeurer un quartier populaire. » On verra.
Et le cachet du Vieux-Belœil, il faut aussi y apporter un œil critique. Oui, on y trouve de belles maisons et une touche architecturale singulière, mais on y trouve aussi beaucoup de bâtiments vétustes, parfois même des taudis. Mais pour les résidents, les ébauches de transformation du quartier ne cadrent pas. Est-ce qu’on pourra trouver un compromis entre le Vieux-Belœil et le « nouveau » Vieux-Belœil imaginé par les promoteurs et les élus? Pourquoi pas? On a bien réussi à jumeler le bacon et le caramel!
Ok, elle était facile. On s’en reparle, ça ne fait que commencer.

image