13 mars 2020
Bowling et canotage
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Un incontournable ouvrage de science sociale, Bowling Alone : The Collapse and Revival of American Community est le livre tiré de l’essai de Robert Putman. Basé sur l’analyse statistique de sondages américains, le livre met en lumière le désengagement citoyen envers l’État, mais aussi le désengagement des individus dans les groupes citoyens ou communautaires, scolaires ou fraternels.

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Putman, en utilisant l’allégorie du bowling, souligne que le sport, au tournant des années 2000, était extrêmement populaire. Toutefois, de moins en moins de sportifs pratiquaient leur sport au sein d’une ligue. On jouait, mais seul, isolé. Cette image montrait le déclin de ce qu’il nommait le capital social.
Je ne parle pas de bowling ici, mais plutôt de canot. Ou du moins, pas vraiment. Les chicanes financières du Club de canotage avec la Ville d’Otterburn Park, c’est une chose, et peut-être que l’entente de 2007 ne tient plus la route 13 ans plus tard. En fait, je citais l’étude et la situation du club simplement pour nous inviter à voir la situation avec ces lunettes. Celles du capital social.
Otterburn Park prend tranquillement la posture d’une relation clientéliste avec sa population. Mais elle n’est pas la seule ville. On ne se cache même plus pour parler de relation utilisateur-payeur. Tu veux un service, alors tu payes de ta poche. Les adeptes de cette approche parlent toujours de justice et d’équité; ils parlent toutefois rarement de tissu social et de communauté.
Qu’est-ce que ça veut dire exactement? Ça veut dire que si tu as de l’argent, tes enfants participeront aux activités spéciales des camps de jour pendant que les enfants un peu moins nantis resteront derrière. Ça veut dire que si tu n’as pas les moyens de te payer un logement à Belœil et que tu dois habiter un peu plus loin, tu n’auras pas accès aux services de la ville « centre » sans une carte de loisirs.
Utilisateurs-payeurs, c’est la façon de voir la vie à l’américaine. C’est chacun pour soi pour se procurer des soins de santé, pour offrir plus de services aux gens fortunés.
Le meilleur exemple, c’est le parc d’attractions La Ronde. En 2001, l’entreprise Six Flags a acheté le fameux parc d’attractions. L’année d’après, je suis allé à la Ronde pour la dernière fois de ma vie. J’attendais en ligne pour faire un manège et je me suis fait dépasser par des jeunes qui avaient payé leur billet plus cher pour être V.I.P., une nouvelle patente instaurée par la compagnie américaine. En payant plus cher, tu avais le privilège « coupe-fil » de passer devant les autres.
Encore aujourd’hui, cette expérience me fâche et j’ai décidé de ne plus remettre les pieds là. J’y vois là aussi le déclin du tissu social.
Ah, me dira-t-on, ce n’est qu’un parc d’attractions, pas une expérience sociologique! Rien à voir avec les négociations d’un club avec une ville pour un local ou la détérioration du capital social de Putman. Peut-être. Ou, peut-être que tout ça parle de notre individualisme progressant, de notre tendance à nous isoler un peu, chacun derrière notre écran et notre petite bulle.
Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus, mais il me semble que le Club de canotage devrait être un symbole de fierté, pas simplement un locataire comme un autre. En même temps, oui, rien n’est gratuit, j’en conviens, et les membres doivent payer leur part du prix. Je n’en ai pas contre la Ville ici.
Ça doit être l’âge, je commence à parler comme un traditionaliste. C’est peut-être ça qui me tient loin des parcs d’attractions, et non pas la détérioration du tissu social.

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