17 juin 2020
Bonne bouffe
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

De tous les secteurs de l’économie, celui qui me laisse le plus dubitatif est celui de la restauration. Au bureau, la discussion sur l’ouverture des salles de restaurants le 22 juin, avec le plexiglas, le serveur avec un masque, la distance entre les clients et les autres mesures sanitaires, m’a un peu découragé.

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Si je t’invite à dîner au restaurant, mais que nous n’habitons pas la même adresse, nous devrons avoir une barrière physique entre nous. Mais bon, est-ce que cette règle va être surveillée à la lettre? Le gouvernement semblait dire qu’il n’irait pas vous demander vos cartes pour prouver votre adresse. Mais si j’étais un propriétaire de restaurant, sachant que les amendes peuvent être salées en restauration, est-ce que je tenterais le coup?
Mon ami chef, sur la Rive-Nord, se fait plus pessimiste. Le milieu de la restauration est déjà tough et je connais mon ami depuis assez longtemps pour évaluer tout le sang et la sueur qu’il a mis dans son établissement et sa cuisine. Pour lui, le resto, c’est une rencontre sociale. Si tu ne peux pas te sentir à l’aise auprès des autres convives, ça refroidit un peu le contexte, disons. Si les règles ne sont pas assou- plies, dit-il, ça sera catastrophique pour la clientèle en salle. « Tu regarderas combien de gros noms ne vont pas rouvrir à Montréal. »
J’espère qu’il se trompe, mais je ne connais pas le milieu. Je n’ai aucune idée si les clients seront au rendez-vous.
Oui, les restaurateurs ont fait preuve d’initiative. Mais même si la plupart des restaurants ont continué d’offrir leur menu en livraison, la plupart vous diront que les revenus n’étaient pas les mêmes.
Et une fois la salle ouverte, c’est environ 50 % de l’espace qui pourra servir.
Ça regarde mal à première vue…
Et pourtant… la population est tellement écœurée que je crois qu’elle passera par-dessus les obstacles pour aller en salle et surtout traîner sur une terrasse. Les restaurateurs de la région questionnés par ma collègue pensent que la clientèle sera au rendez-vous.
Qui aurait dit il y a quelques mois que les Québécois accepteraient de se confiner et de mettre leur vie sur pause? Alors, qui peut dire si ces mêmes Québécois, las de l’isolement, ne se « garrocheront » pas hors de leur maison.
Espérons aussi une certaine flexibilité d’un peu tout le monde. Du gouvernement et des inspecteurs, certes, mais aussi des voisins, des autres commerces et des municipalités. Par exemple, le propriétaire du restaurant Le Trait d’Union souligne avoir demandé une permission à la Ville de Belœil pour mettre quelques tables dans son stationnement, question d’agrandir temporairement sa terrasse. Dans le contexte, pourquoi pas?
Questionnée par notre journaliste, la porte-parole de Belœil nous répond que la Ville planche « rapidement » sur un projet de rue piétonnière. Aucun autre détail n’a été dévoilé, mais j’aimerais bien apprendre cette semaine que les restos du Vieux-Belœil, par exemple, pourraient profiter d’un peu plus de latitude en temps de pandémie. On se croise les doigts.

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