5 mai 2021
Pas d’école au parc de la Baronne
Aussitôt annoncée, aussitôt abandonnée
Par: Vincent Guilbault
Anne-Marie Desbiens est l’une des nombreuses personnes s’opposant à la venue d’une école sur le terrain d’un parc de quartier. La mobilisation a fait reculer rapidement la Ville, qui s’est dite sensible à la colère citoyenne.

Anne-Marie Desbiens est l’une des nombreuses personnes s’opposant à la venue d’une école sur le terrain d’un parc de quartier. La mobilisation a fait reculer rapidement la Ville, qui s’est dite sensible à la colère citoyenne.

Devant la grogne d’un quartier, la Ville de Belœil recule sur le projet de construction d’une école sur le grand terrain du parc de la Baronne, situé sur les rues Riviera, des Ormeaux et d’Orléans. Du même souffle, la Ville promet aussi qu’aucune école ne sera construite sur un espace vert.

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Mercredi dernier, la Ville de Belœil et le Centre de services scolaire des Patriotes (CSSP) ont annoncé en grande pompe la venue d’une école primaire sur le terrain du parc de la Baronne, à Belœil. Le CSSP prévoyait une école de 24 M$ qui aurait accueilli quatre locaux de classe pour le préscolaire (4 et 5 ans), douze locaux de classe pour le primaire, un gymnase et deux locaux de services de garde. Le parc actuel devait rester accessible à la population et la patinoire devait être convertie en patinoire réfrigérée, au bénéfice de tous les résidents.

Dès la journée de l’annonce, les résidents du secteur se sont braqués contre le projet. Sur les médias sociaux, un consensus clair s’est dessiné en opposition au projet. Plusieurs riverains du parc ont mis sur pied une pétition signée par plus de 2250 signataires au moment de mettre sous presse.

« Rapidement, on a vu la grogne montée », affirme Anne-Marie Desbiens, une des organisatrices du mouvement d’opposition, qui a distribué des dépliants contre le projet. « J’ai parlé à plus d’une centaine de personnes en fin de semaine, j’ai fait du porte-à-porte tout autour du parc et c’est unanime : il y a une furie, une colère, une rage. Les gens ne veulent pas qu’on touche à ce parc. » Les personnes âgées, les jeunes familles, les anciens et nouveaux résidents; tout le monde s’oppose, dit-elle.

Abandon et consultation
Pour permettre l’implantation de l’école, le zonage municipal devait être modifié et pouvait donc être soumis à un processus référendaire. Le détail de la modification de zonage devait être dévoilé en juin prochain, et la mairesse de Belœil avait affirmé que des conseillers municipaux auraient été à la rencontre des résidents du secteur pour discuter du projet et répondre à leurs questions. Les citoyens auraient donc pu bloquer le projet par la tenue d’un registre.

Toutefois, la colère des derniers jours s’est rapidement rendue jusqu’à la Ville. « Nous avons bien entendu les citoyens et nous avons pris en compte leurs doléances, affirme la mairesse de Belœil, Diane Lavoie. Nous allons arrêter le processus au parc de la Baronne et aussi sur tout autre terrain vert existant. »

Beaucoup de citoyens ont accusé la Ville d’avoir voulu imposer une école sans consultation. La mairesse se désole de ces accusations. « Nous avions un processus de consultation prévu. Nous n’aurions pas pris une décision sans consulter. Nous n’avons jamais implanté de projet sur le territoire sans avoir l’opinion de la population, même pour de petits projets comme le réaménagement de la Halte des Vapeurs. Nous sommes tou- jours en mode consultatif. »

Concernant le parc de la Baronne, Mme Lavoie souligne que le choix du site répondait à deux priorités de l’administration municipale, soit d’avoir une école dans la ville pour garder les élèves de Belœil sur le territoire et répondre ainsi à l’accroissement démographique. En cédant au CSSP un terrain qui lui appartenait, la Ville évitait aussi d’augmenter le compte de taxes des résidents.

L’abandon du projet pourrait donc forcer la Ville à revoir ses priorités pour la venue d’une nouvelle école. Car selon la Loi québécoise sur la gouvernance scolaire, la Ville n’a pas le choix de céder un terrain au CSSP pour la construction; reste donc à voir si la Ville devra acquérir un terrain pour ce faire. « Mais on va prendre le temps de consulter la population, d’avoir son opinion, assure la mairesse. Je veux me battre pour le besoin des citoyens. »

La Ville tiendra une soirée de consultation le 19 mai pour discuter de ces différents défis et pour obtenir l’opinion des citoyens. Le détail de la consultation sera dévoilé ultérieurement.

Mme Lavoie rappelle aussi aux gens l’importance d’exprimer leur opinion, mais elle souligne que le débat a rapidement dégénéré sur les médias sociaux depuis l’annonce. « Ça s’insultait entre quartiers ou ça insultait les élus. Ce n’est pas souhaitable. Je comprends que la pandémie fait que nos sentiments sont exacerbés. Mais à la base, le but de la Ville est d’offrir un milieu de vie sécuritaire et sain pour nos plus jeunes citoyens, le plus près de leur résidence. Et ce n’est pas en s’insultant qu’on va y arriver. »

Encore des besoins
Le CSSP a donc aussi déposé une autre demande pour la démolition de l’école Le Petit-Bonheur, à Belœil, et sa reconstruction avec un ajout de six locaux.
Le MEES n’a pas donné le feu vert au projet, mais M. Lapointe se fait optimiste et s’attend à une réponse positive vers la fin de l’année scolaire. Il rappelle qu’il s’agit d’une demande très similaire à celle de la destruction et de la construction de l’école Notre-Dame, à Otterburn Park; une demande que le Ministère a déjà acceptée.
Avec la reconstruction de l’école Le Petit-Bonheur et l’école sur le parc de la Baronne, le nombre de classes aurait été suffisant, mais il n’aurait pas tenu compte des futurs développements résidentiels à Belœil, qui devront être analysés ultérieurement par le MEES.

Il est donc probable, selon M. Lapointe, que le CSSP dépose d’autres demandes d’ajout d’écoles pri- maires dans les prochaines années.

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