12 janvier 2018
Année de tolérance
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Vous m’excuserez d’arriver un peu en retard dans la parade. Est-il trop tard pour les prévisions 2018 en ce 10 janvier? C’est la première édition de l’année du journal, alors j’en appelle à votre clémence!

Votre clémence aussi pour mon choix de sujet, moins régional cette semaine. Lorsque le principal sujet des manchettes, c’est la sortie d’un livre sur le président des États-Unis, les discussions autour de la machine à café ont une petite odeur internationale! C’est peut-être le Salvador, remarquez bien. L’odeur du café, je veux dire.
Bon, parlant d’immigration (ishh, l’élastique est étiré), je voulais vous parler d’un film génial que j’ai apprécié pour la première fois il y a quelques jours. Le film Get Out m’a carrément empêché de dormir tellement il m’a troublé. Ça parle de racisme, sans vraiment l’aborder directement. Mais oublions le film une seconde.
Je lisais la chronique de Lise Ravary dans le Journal de Montréal il y a deux jours. Le titre? C’est à vous les racistes que je parle? Ben voyons, le pire titre pour une chronique. D’abord, affronter les racistes de front (ou les homophobes, les misogynes ou les individus intolérants en général) ne sert absolument à rien. Je vois deux types de racistes; celui qui l’avoue et s’en complait, et l’autre qui le renie et qui ne se sent pas du tout interpellé par ces discussions.
Est-ce que le texte de Mme Ravary est pertinent, lui? J’ai lu en diagonale, puisque je ne suis pas raciste (!).
Oublions le texte. Richard Martineau était en entrevue avec Stéphane Bureau dans le cadre des Grandes entrevues Radio-Canada. Dans l’entrevue, Stéphane Bureau propose en onde un extrait d’un moment de télé où Richard Martineau, interviewant le controversé avocat Jacques Vergès, se fait sacrer à la porte par son invité.
Lors de cette rencontre, Richard Martineau confronte Vergès sur les liens antisémites qui relient une bonne partie de ses infâmes clients. Il n’en faut pas plus à Vergès, colérique, pour congédier Martineau dans un moment de télé spectaculaire, j’en conviens.
J’ai toujours eu un goût amer en bouche après cette entrevue. C’est facile de traiter une personne de raciste; ça fait de la bonne télé. Mais ça ne permet pas de comprendre. Il faut de la finesse, de la subtilité. Je ne crois pas qu’on va combattre le racisme en le prenant de front.
Je reviens au film Get Out. Pendant près de deux heures, le réalisateur Jordan Peele et l’acteur Daniel Kaluuya ont réussi un exploit; permettre au spectateur de se glisser dans la peau d’un Afro-Américain. Le film ne confronte jamais vraiment le racisme, et pourtant, la discussion sur le sujet est juste et pertinente.
Donc, des prédictions pour 2018. Plutôt un souhait. Si nous pouvions tous discuter une seule fois cette année avec une personne qui nous rend inconfortables ou qui remet en doute notre façon de voir le monde, l’année pourrait vraiment s’écouler sous le signe de la tolérance.

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