17 décembre 2020
Amalgame
Par: Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Je pense beaucoup de bien de l’équipe d’enquête du Journal de Montréal. J’aimerais avoir à ma disposition ces ressources et ces talents pour faire notre travail. En novembre dernier, ces journalistes ont publié un vaste portrait de 38 élus qui ont été condamnés ou font face à une enquête en lien avec des problèmes d’éthique. On y dévoilait notamment le nom du maire de Saint-Charles-sur-Richelieu, Marc Lavigne.

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Avant de parler de M. Lavigne, je veux soulever un certain problème avec le reportage du journal; son manque de mise en contexte. En répertoriant 38 élus dans un seul reportage, le journal fait dans le spectaculaire. Wow, 38 élus démasqués par le journal, ça fesse. Mais dans le réel, certains de ces élus ont commis de graves fautes d’éthique, notamment Denis Lavoie, l’ex-maire de Chambly, accusé de 45 manquements à son code d’éthique. Pas pour rien que l’équipe d’Enquête, à Radio-Canada, a consacré un reportage à l’homme en 2018. En réaction au reportage, la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest avait demandé à la Commission municipale du Québec de se pencher sur le sujet.

Ça nous mène à notre maire de Saint-Charles, M. Lavigne. Comprenez-moi bien, M. Lavigne est accusé d’avoir contrevenu à son code d’éthique. Il est blâmé et je n’ai aucune intention de le défendre.

Mais un lecteur moins averti pourrait penser en lisant le Journal de Montréal que, malgré la Commission Charbonneau, le maire Lavigne s’est tout de même joué de la loi pour obtenir des bénéfices et des faveurs.
La vérité, bien souvent, est juste plus banale; il a voté sur une résolution sans déclarer des intérêts personnels et il n’aurait pas dû. Il s’est peut-être placé en situation de conflit d’intérêts en votant sur des résolutions touchant notamment à des terrains qu’il possède. Je vous invite à lire le résumé de mon collègue Denis Bélanger ici.

La procureure de la Direction du contentieux et des enquêtes blâme le maire, même s’il y a eu correctif dans le dossier et que le maire plaide une forme de confusion dans son vote. M. Lavigne a quand même dû s’expliquer devant la Commission municipale du Québec la semaine dernière. Ce n’est pas rien, il risque entre autres une suspension sans solde de 90 jours. S’il est reconnu coupable, bien sûr.

Il est donc normal de citer la situation dans les pages d’un journal. C’est pour cette raison que nous avons consacré du temps à ce dossier. Les électeurs de Saint-Charles-sur-Richelieu ont le droit de savoir ce qui se passe à l’hôtel de ville. Rappelons aussi que le maire Lavigne a été élu par acclamation, sans aucune élection. J’insiste, ça ne le rend pas moins légitime de diriger la Ville, mais ce type de texte permet de rappeler que les élus sont au service de la population, pas le contraire.

Mais je crois que le Journal de Montréal a causé plus de tort que de bien en mêlant les cartes. Pour un lecteur moins averti, ou simplement par amalgame, le maire Lavigne s’est retrouvé dans la même catégorie que l’ex-maire Lavoie. En rassemblant dans un même panier tous ces élus, le journal donne l’impression d’un palier politique municipal corrompu, alors que dans les faits, je crois que c’est loin de la réalité.

Et la réalité, c’est comme la vérité. C’est souvent bien banal.

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