8 février 2016
Agressions sexuelles: aborder le sujet avec ses enfants
Par: L'Oeil Régional
Annie Fournier, sexologue et chef des services cliniques au Centre d'expertise Marie-Vincent.

Annie Fournier, sexologue et chef des services cliniques au Centre d'expertise Marie-Vincent.

Comme chez l’adulte, dénoncer une agression sexuelle peut être un processus difficile et long pour un enfant. Mais parfois, un des obstacles supplémentaires à la dénonciation est que l’enfant n’est pas conscient d’avoir été victime d’une agression.

«Les enfants n’associent pas toujours l’agression sexuelle à quelque chose de pas correct, qui fait mal ou qui est négatif parce que souvent les agresseurs vont amener ça comme un jeu, comme quelque chose qui est « normal »», énonce Annie Fournier, sexologue et chef des services cliniques au Centre d’expertise Marie-Vincent, un organisme venant en aide aux enfants de moins de 12 ans victimes d’agressions sexuelles et à leurs parents.

Au centre Marie-Vincent, les intervenants parlent de ces agressions présentées comme «un jeu» par les agresseurs comme des «touchés mélangeants» auprès des enfants.

Ils peuvent trouver ces touchés agréables sur leur corps, mais dans leur tête, ils doutent que l’adulte ait le droit d’agir ainsi, expose Mme Fournier.

«Les agressions sexuelles sont parfois claires pour certains enfants. Mais parfois, il y a la catégorie des touchés mélangeants où mon corps et ma tête ne disent pas la même chose. […] Ils (les enfants) ont quand même une idée que ce n’est pas tout à fait correct, mais ce n’est pas clair.»

Intervention quotidienne  

Depuis l’arrestation de 14 présumés pédophiles, la semaine dernière, il s’est révélé que certains d’entre eux s’impliquaient dans le mouvement scout, ce qui a suscité beaucoup d’inquiétudes chez les parents qui craignent que leurs enfants aient été victimes.

Dans la région, la Régie de police Richelieu-Saint-Laurent et le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels ont organisé à la demande de deux groupes scouts une rencontre avec les parents afin de les outiller pour questionner leurs enfants.

Demander directement à son enfant s’il a été agressé est à éviter, indique Mme Fournier. «Ça risque de compliquer un peu toutes les procédures judiciaires. Les enfants sont très suggestibles. Ça veut dire qu’on peut les influencer.»

Les parents doivent éviter de provoquer la dénonciation. Si l’enfant n’est pas prêt, une dénonciation forcée pourrait être davantage traumatisante, avance Mme Fournier.

«Je pense qu’il est préférable d’être patient, d’être à l’écoute, d’ouvrir le dialogue pour lui permettre d’en parler.»

La première étape est de donner le bon vocabulaire à ses enfants sur les parties génitales et la sexualité afin de briser le tabou autour de ce sujet et rendre les enfants plus à l’aise d’en parler, mentionne Mme Fournier.

La sexologue propose aux parents des interventions quotidiennes pour expliquer à leurs enfants les limites à ne pas transgresser en matière de sexualité comme évoquer que les parties génitales sont de la sphère privée. Une fois conscient des limites, l’enfant identifie mieux les gestes déplacés.

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