30 septembre 2020
Les commerçants de la rue Duvernay en difficulté
« C’est décourageant quand tu attends que la porte ouvre » — Valérie Sirois
Par: Sarah-Eve Charland

La propriétaire de l’épicerie Bokal, Valérie Sirois, a ouvert son commerce cet été. Photo François Larivière | L’Œil Régional Ⓒ

La propriétaire de l’épicerie Bokal, Valérie Sirois, a ouvert son commerce cet été. Photo François Larivière | L’Œil Régional Ⓒ

Le propriétaire d’À table, c’est prêt, Nicolas Podschelni, a hâte de revoir des clients affluer au sein de son commerce. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional Ⓒ

Les travaux de la Ville de Belœil représente un investissement de près de 5 M$. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional Ⓒ

Les commerçants de la rue Duvernay n’ont pas eu de répit depuis sept mois. En plus de subir les contrecoups de la crise sanitaire, ils doivent composer avec les travaux d’envergure commencés en juin complexifiant l’accès aux clients. Quelques mois plus tard, les commerçants lancent un cri du cœur à la population.

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La première phase des travaux s’est terminée le 25 septembre. La rue Duvernay est ouverte jusqu’à la rue du Carrefour. L’ouverture de la rue va se faire de façon progressive au cours des prochaines semaines. Les rues du Carrefour et Picard deviendront à sens unique afin d’améliorer la circulation. On y retrouvera une piste multifonctionnelle qui se veut inclusive pour tous les types de transport actif.

L’épicerie autosuffisante Bokal devait ouvrir ses portes au printemps, mais en raison de la crise sanitaire, l’ouverture a été reportée. L’entrepreneure Valérie Sirois a dû revoir son concept.

« On était 100 % vrac, mais avec la COVID, il a fallu se réorienter. Je faisais la joke comme quoi les gens lavaient leur épicerie avec de l’eau de javel. Le vrac avait donc un peu moins la cote. Il a fallu qu’on repense le concept. Ce n’est pas un mal. Je pense que c’est un bien même si on a perdu du temps, de l’argent, plein de choses. Ça nous a permis de faire évoluer le concept vers quelque chose d’autre qui est encore mieux qu’avant », soutient-elle.

Le commerce est ouvert depuis le mois d’août, mais la clientèle n’est pas au rendez-vous. Les travaux sur la rue Duvernay en compliquent l’accès, difficile donc pour l’entreprise d’attirer de nouveaux clients. « Ça ne va pas super. L’achalandage prévu a diminué de 75 %. Selon notre scénario pessimiste, on coupe la poire en deux, même en trois. […] C’est décourageant quand tu attends que la porte ouvre surtout après avoir fait tant d’effort pour qu’elle ouvre », ajoute Mme Sirois.

Selon la mairesse de Belœil, Diane Lavoie, les travaux devaient se réaliser en 2020 sans quoi elle aurait perdu la subvention de 750 000 $. Elle ajoute que, si les travaux avaient été reportés, les commerçants auraient alors connu deux étés difficiles plutôt qu’un.

« Je comprends la réalité de la Ville. Quand elle a des subventions pour des travaux, elle n’a pas 10 ans pour utiliser la subvention. Ce qui me fatigue le plus, c’est que les subventions, quand elles arrivent, ce n’est jamais pour les commerçants. Ils savent que, quand il y a des travaux, les premiers affectés sont les commerces. On ne veut pas se ramasser avec une rue sans commerce. Les entreprises étaient plus fragiles à cause de la COVID. Avec des travaux comme ça, ils savent qu’il y a quelques entreprises qui vont fermer », estime Mme Sirois.

Le commerce À table, c’est prêt, lancé par Nicolas Podschelni, fêtera son premier anniversaire d’ouverture le 1er novembre. En moins d’un an, sa salle à manger est restée vide pendant sept mois.
« C’est difficile pour l’entreprise. Les salles à manger des restaurants étaient fermées à cause de la COVID et les travaux ont commencé le jour où les salles à manger ont pu rouvrir. Ça fait sept mois que la salle de restaurant est vide. […] Mon impatience se fait sentir depuis quelques semaines », mentionne-t-il.

La propriétaire de la boutique Ce que femme veut…, Annie Girard, estime que ses efforts déployés pendant le confinement lui ont permis d’adoucir les effets négatifs des travaux.

« Ce sont de grosses épreuves pour les commerces. Ça fait sept ans qu’on est ouvert. On est devenu une destination. Les gens ont trouvé le moyen de se rendre malgré les travaux. Ce n’était pas parfait. Les années ont joué en notre faveur. En raison de la COVID, on a fait beaucoup d’efforts pour ne pas perdre notre entreprise. On a fait des ventes sur Facebook. On a goûté le fruit de ces efforts-là pendant la période de travaux. C’est venu amoindrir les effets. Ça nous a forcés à trouver le meilleur et des stratégies », souligne-t-elle.

La propriétaire de la boutique Léo Vigor, Annie Lamontagne, n’a, de son côté, que du positif à dire. « Est-ce qu’on peut mettre ça sur le dos des travaux, de la COVID? Je ne sais pas. C’est sûr qu’on a connu des effets négatifs cette année, mais en tant qu’entrepreneur, on apprend à se débrouiller. Je vois d’un très bon œil les travaux. [La rue] va être extraordinaire. »

Une superbe rue

Annie Lamontagne, comme tous les commerçants, est enthousiaste de voir le résultat des travaux. « J’ai été 34 ans au Mail Montenach. Ça fait environ un an et demi que je suis sur la rue Duvernay parce que je savais qu’il y aurait des travaux. J’ai très hâte de voir la suite. Ça va amener une dynamique, je dirais, plus rurale en incitant les gens à venir à vélo ou à pied. Les commerces avec pignon sur rue sont de plus en plus populaires. Avoir une belle rue aménagée, ça va donner de la valeur à nos commerces », croit-elle.

C’est aussi la raison qui a incité Nicolas Podschelni, résident de Saint-Bruno-de-Montarville, à ouvrir son commerce sur cette rue. « Je suis venu parce qu’il y avait ces travaux et la revitalisation. Le projet me plaisait beaucoup. Je crois que c’est une rue d’avenir et en devenir. J’y crois beaucoup. La rue en avait besoin. Le peu de temps où j’ai connu la vieille rue, il fallait être courageux commercialement », affirme l’entrepreneur.

Pour Mme Girard, la nouvelle rue permettra de développer un milieu de vie. « Le après va être incroyable. Je pense que ça va nous donner un style de vie, un espace de vie. Déjà, on éduque la clientèle comme quoi elle aura le goût de traverser la rue, d’aller prendre un café à cet endroit et de découvrir une autre place. Les gens qui vont venir vont être là plus longtemps. Par rapport au Vieux-Belœil, on va prolonger le quadrilatère commercial. »

Développement durable

Les travaux de la rue Duvernay représentent un investissement de près de 5 M$, subventionné à la hauteur de 750 000 $ par le gouvernement du Canada et la Fédération canadienne des municipalités. L’objectif est de favoriser l’infiltration naturelle des eaux de pluie dans le sol, de lutter contre la chaleur ambiante et de revitaliser l’artère commerciale. Certains commerçants auront une terrasse qu’ils pourront aménager à leur convenance. On retrouvera aussi une terrasse commune.

La rue devrait se constituer de plus d’espaces verts. La Ville a prévu planter près de 200 arbres. « De gros arbres », assure la mairesse. Les stationnements seront aménagés en pavé perméable.

« La rue Duvernay était une rue vraiment minéralisée; on retrouvait du pavage à la grandeur. Ce qu’on est venu faire, c’est qu’on a fait des insertions de pavé perméable. C’est du pavé qui permet à l’eau de s’infiltrer dans le sol. On a fait des zones de plantation et des cellules de biorétention. L’eau pourra être acheminée dans ces cellules pour s’y infiltrer. L’objectif, c’est qu’il y ait moins d’eau dans notre réseau d’égout pluvial, de réduire les subverses et de permettre aux végétaux d’avoir un apport en eau également, contrairement à une rue standard où l’eau est directement acheminée vers le réseau pluvial par des puisards », explique la directrice du génie à la Ville de Belœil, Claudia De Courval.

L’année prochaine, la Ville de Belœil poursuivra les travaux jusqu’à la rue Lechasseur, à l’arrière du Mail Montenach. Elle devrait aussi y aménager une forêt nourricière, un concept de forêt qui peut nourrir les humains et les animaux

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