Dénicher une pauvreté maquillée, mais bien réelle


Publié le 17 mai 2017

en apportant le secteur, les travailleurs de rue se mélangent souvent à la population.

©gracieuseté

Travailleurs de rue, Marc* et Michel* sillonnent toutes les semaines les rues de la Vallée-du-Richelieu, sac à dos à l’épaule. Un travail plus que nécessaire dans un milieu où le l’accessibilité au logement est un défi majeur.

*les prénoms des travailleurs de rue ont été changés afin de conserver l’anonymat.

Michel* est travailleur de rue depuis quatre ans à Belœil, Mont-Saint-Hilaire, McMasterville et Otterburn Park. Marc* travaille pour sa part dans les milieux ruraux de la région depuis un an.

Un travailleur de rue est un intervenant qui va à la rencontre de gens en difficulté ou en rupture avec la société dans leur milieu de vie. Il accompagne les gens dans leurs démarches, en respectant leur rythme. Sans être expert d’une problématique particulière, il sert souvent de lien avec les organismes.

Les gens pensent qu’un itinérant, c’est un gars avec des chiens dans la rue. Mais on a des sans domicile fixes ici, je les côtoie tous les jours. 

Michel, travailleur de rue

« Le non-jugement, volontariat et l’anonymat, c’est les trois choses qui guident le travail de rues, explique Marc. Nous, on y va avec les besoins de la personne. Si le besoin de la personne est de manger, on lui trouve des ressources. »

Longtemps associés à la clientèle jeunesse, les travailleurs de rue oeuvrent pourtant auprès de l’ensemble de la population. Michel a d’ailleurs déjà réalisé une intervention avec une personne de 92 ans.

Les intervenants font face à toutes sortes de problématiques dans la région, comme la drogue, l’alcool, la recherche d’emploi ou d’un logement, la médiation (entre couple, parent-enfant ou amis), l’extorsion ou les situations d’abus.

Les intervenants oeuvrent également dans la prévention de comportements à risque. Le travail comporte aussi une bonne proportion d’écoute, sans jugement. « Pour moi, de l’écoute, il y en a beaucoup parce que les cultivateurs en ont peu, donne Marc en exemple. Je dis toujours, un peu à la blague, que si l’émission L’amour est dans le pré existe, ce n’est pas pour rien. Il y a de l’isolement, des pensées suicidaires. Mais ce n’est pas qu’auprès des cultivateurs », dit Marc.

Travail de reconnaissance

Pour se faire connaître, les travailleurs de rue font la tournée des écoles, de maisons de jeunes et des organismes chaque année. Ils se promènent aussi dans les cafés et les endroits fréquentés de leur territoire. Travailleur en campagne, Marc se déplace dans les conseils municipaux ou dans les bingos. Il s’implique aussi bénévolement dans les activités municipales.

« Je m’arrange pour être aux endroits où l’on voit le plus de gens possible. Même s’ils ne savent pas que je suis travailleur de rue, ils vont voir mon visage. Donc, s’ils me voient me promener près de l’école, ils ne penseront pas que je suis [...] un rôdeur », explique-t-il

Les organismes communautaires leur recommandent souvent des personnes dans le besoin. Les conseillers municipaux servent parfois de liens entre les travailleurs et les personnes dans le besoin pour Marc.

À l’abri d’internet

S’ils sont disponibles dans la rue, les deux travailleurs insistent pour demeurer loin d’internet. Ils ne réalisent pas d’intervention par message texte, parce que ce médium ne permet pas de savoir qui est véritablement derrière l’appareil. Malgré l’omniprésence des réseaux sociaux, ils constatent que de convaincre les gens de parler de vive voix n’est jamais une problématique.

Michel souligne que très peu de petits logements de type 1 1\2 et 2 1\2 sont disponibles dans la région, ce qui représente le plus gros défi des travailleurs de rue d'ici.

Une recherche sommaire sur Kijiji, les Pacs et les petites annonces du journal permet d’ailleurs de constater le peu de choix offert. Le taux inoccupation des logements pour la région comprenant Belœil et McMasterville était de 1,2 % en octobre 2016. Pour la région de Mont-Saint-Hilaire à Chambly, il était toutefois de 3,6 %.

« On n’a pas de logements sociaux adaptés pour personnes dans le besoin, à part l’OMH pour les personnes âgées, dit Michel. Mais le reste, il n’y a rien. Ma clientèle, c’est ce type de logement qu’ils recherchent. Un jeune qui ne travaille pas, il ne peut pas louer un quatre et demi, parce que ça coûte plus cher que l’argent qu’il reçoit. »

Pas de logement d’urgence

Le manque de logements d’urgence dans la région est aussi un véritable défi que doivent surmonter les travailleurs de rue. Pour aider les personnes en crise, les travailleurs de rue doivent quelques fois rivaliser d’originalité et mettre à profit leurs contacts. Michel raconte d’ailleurs déjà avoir dû se rendre jusqu’à Montréal-Nord pour trouver un logement d’urgence à une personne en besoin, faute de places disponibles dans les ressources de la Rive-Sud.

« Si quelqu’un se fait mettre dehors d’une chambre, qu’est-ce que j’ai pour lui dans le coin? Pour tout type de clientèle, il n’y a pas de logements d’urgence dans le coin, fait valoir Marc. Il faut aller à Longueuil, Saint-Hyacinthe, Granby ou Montréal. »

Une réalité compliquée si la personne aidée souhaite demeurer dans la région pour se trouver du travail ou un logement. Le transport est aussi un enjeu, particulièrement parce que le transport collectif n’est pas offert dans tous les milieux.

Demandes d’aide

Les deux intervenants racontent devoir souvent composer avec des demandes de dépannage alimentaire. Selon les statistiques des Chevaliers de Colomb, qui pilotent une banque de dépannage alimentaire pour Beloeil et McMasterville, les demandes d’assistance ne cessent d’ailleurs de croître depuis les dernières années.

« [La pauvreté] est bien maquillée de l’extérieur. On va voir une personne avec une belle voiture, avec de beaux vêtements. De l’extérieur, tout va bien. Mais le gars, ça fait trois jours qu’il n’a pas mangé », explique Michel.